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mardi 27 juillet 2010

De la démonisation de l'alcool et des associations de consommateurs généralistes

Un trait un tant soit peu agaçant de certaines associations de consommateurs généraliste est leur malheureuse tendance à démoniser par principe l'alcool, même dans les quantités les plus minimes.

Une bonne démonstration est donnée par le compte-rendu dans le numéro 30 (juillet-août 2010) du magazine de la Fédération Romande des Consommateurs (FRC) d'un test de Weizenbiere sans alcool publié dans le numéro de juin 2010 de la revue test de la Stiftung Warentest allemande. Compte-rendu dans lequel, au lieu de parler du résultat du test, on ressasse dans toute la première colonne un couplet pour le moins éculé...

Etant par ailleurs membre de la FRC, ça méritait une petite lettre de lecteur.
La voici :

***
Bonjour,

Membre de la FRC depuis une bonne décennie, et lecteur des publications de la FRC depuis bien plus longtemps encore, je m'inquiète. Dois-je mettre un casque pour lire "FRC Magazine" ? Parce qu'à la lecture du numéro 30, j'ai assez méchamment sursauté, et le plafond n'est pas passé loin... 
Le corps du délit: le compte-rendu d'un test dans la revue "test" de la Stiftung Warentest, au beau milieu de la page 20. Etant par ailleurs abonné à "Test", j'ai eu la désagréable impression de ne pas avoir lu le même test que votre journaliste.

Un correctif s'impose :

Premièrement, il ne s'agit pas d'un simple test de bières sans alcool, mais d'un test de Weizenbiere (bières de froment) sans alcool. Les Weizenbiere sont une spécialité d'origine bavaroise, où approximativement une moitié du malt d'orge est remplacée par du malt de blé. Fermentées avec une souche de levure de fermentation spécifique, le produit fini, en général non-filtré ("Hefeweizen") présente des notes de banane et de girofle, sans qu'il y ait adjonction de fruits ou d'épices.
Bien que la Weizenbier soit souvent appelée "Weisse" en Allemagne, on se gardera de la confondre avec la blanche belge, qui contient environ un tiers de blé non malté, des graines de coriandre et du curaçaõ (écorce d'une petite orange amère), et est fermentée à l'aide d'une souche de levure au profil organoleptique totalement différent.

De par leur relative corpulence et leur caractère rond et fruité, les Weizenbiere présentent un intérêt gustatif comme base de travail pour une bière sans alcool, le retrait de ce dernier étant plus facilement compensé qu'avec une blonde de fermentation basse. Ceci explique la spectaculaire floraison des Weizenbiere sans alcool au cours des cinq à dix dernières années en Allemagne, et que la Stiftung Warentest s'y soit intéressée.

Deuxièmement, contrairement à votre "elles ne brillent pas par leurs propriétés isotoniques", le test en question relève que la plupart de ces Weizenbiere sans alcool sont bel et bien isotoniques, à une seule exception ! Par contre, il est relevé que ces bières ne sont pas appropriées pour les sports d'endurance, car elles sont trop riches en calcium et ne contiennent pas assez de sodium. Ce qui n'en fait pas pour autant de boissons non isotoniques... qui plus est totalement vierges d'additifs et d'agents conservateurs! (regardez un peu une étiquette d'Isostar ou de Gatorade, pour rire...)

Troisièmement, concernant la comparaison avec leurs sœurs alcoolisées, Stiftung Warentest n'ont procédé à une comparaison organoleptique que dans le cas où l'étiquetage de la version sans alcool se réfère spécifiquement à un goût similaire à la version "normale". Soit six sur vingt, ce qui n'est pas forcément assez pour tirer une généralisation comme vous le faites.

Enfin, ce qui me fait particulièrement hurler, c'est le début de l'article, qui entonne de manière fort prévisible le couplet usé jusqu'à la corde du "attention! il y a de l'alcool dans la bière sans alcool!" Quand donc la FRC sortira-t-elle des réflexes conditionnés de démonisation systématique même de la plus petite trace d'alcool ?
Certes, ces bières contiennent en moyenne 0,4% d'alcool par volume, soit, par litre, 4 centimètres cube, soit environ 3,2 grammes d'alcool pur (l'éthanol ayant une densité de 0,79). Soit, concrètement, dans le cas de l'Erdinger sans alcool, distribuée en bouteilles de 33cl dans les succursales du géant orange, royalement entre 1 et 1,1 gramme d'alcool pur par bouteille. Prenez, par exemple, puisque c'est de saison, une portion de melon très mûr: ce gramme d'alcool y est largement présent, sans que personne ne crie pour autant au loup !

En ce qui concerne les femmes enceintes, le test rappelle que par précaution, en l'absence de données définitives, les femmes enceintes devraient s'abstenir de toute consommation d'alcool. Je ne peux toutefois que rappeler qu'il s'agit d'une situation de gestion de risque et par là d'une décision qui revient à la future mère, pour peu qu'elle soit informée correctement (et de manière non culpabilisatrice ou accusatrice).
En ce qui concerne les femmes en période d'allaitement, vous les fourrez allègrement dans le même sac que les femmes enceintes. Ce dont se garde la Stiftung Warentest, qui rappelle simplement que la bière est réputée stimuler la lactation. Parce que la concentration de l'alcool dans le lait maternel est, jusqu'à preuve du contraire, la même que celle du sang de la mère, qui se calcule en dixième de pour-mille (soit en centième de pour-cent). Donc le risque est, dans ce cas-là, pour une bouteille de bière à 0,4% d'alcool par volume, bel et bien négligeable.
Quant aux sportifs, comme mentionné ci-dessus, c'est la composition des sels minéraux de ces bières de froment sans alcool qui pose problème, pas la présence de ces traces d'alcool, qui sont beaucoup trop faibles pour avoir l'effet diurétique qui rend les boissons alcoolisées en général problématiques dans leur cas...

Bref, mon propos n'est pas de nier, ni même de minimiser les risques liés à l'alcool, mais bien de vous exhorter à sortir de ce ton paternaliste de la FRC de grand-maman qui remonte trop souvent à la surface quand vous parlez d'alcool.

Les consommateurs et consommatrices sont des êtres doués de raison, et a priori capables de prendre des décisions responsables pour peu qu'ils et elles disposent d'une information factuelle, fiable et intelligible sur laquelle s'appuyer. Votre rôle en tant qu'association de consommateurs est de diffuser ladite information. Non de dicter des comportements, ni d'agiter le spectre du maléfique alcool là où il ne se cache pas vraiment.

Merci de votre attention.

Laurent Mousson
Vice-président, European Beer Consumers Union
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mercredi 6 janvier 2010

Sans alcool ?

Tiens, dans cette période post-festive, si on causait un peu de bière sans alcool ?
Bien qu'elle serve à certaines brasseries de paravent publicitaire, la bière sans alcool peut être buvable, si, parfaitement.


Bon, le "sans alcool" n'est jamais absolu, pour la bière comme pour les autres boissons alcoolisées. Légalement, en Suisse, par exemple, la limite est fixée à 0,5% d'alcool par volume. La bière sans alcool n'est donc pas indiquée pour les alcooliques en sevrage ou sevrés. Par contre, en cours de grossesse, l'intérêt nutritionnel peut être là, entre autres en termes de complexe de vitamines B, qui comprend cet acide folique (vitamine B9) dont on nous rebat les oreilles en matière de prévention des malformations congénitales...

Il y a deux voies principales pour la production de bière sans alcool: soit on évite de produire de l'alcool, soit on le retire après fermentation.

On peut éviter de produire de l'alcool en partant d'un moût à faible densité - brassé de manière à obtenir principalement des dextrines non fermentescibles -  qui est ensemencé avec une  levure sélectionnée spécifiquement pour travailler dans ces conditions-là. En plus, la fermentation est souvent interrompue par filtrage / pasteurisation.


Feue la brasserie Hürlimann de Zürich avaient, en 1966, isolé une souche spécifique avec laquelle ils produisaient une bière appelée Birell, disparue en suisse suite au rachat de Hürlimann par Feldschlösschen (Carlsberg) en 1996, mais qui survit entre autres chez Radegast (SAB) en République Tchèque, Al-Ahram (Heineken) en Egypte ou Coopers en Australie.
Mais vu que le processus ne nécessite pas d'appareillage spécifique coûteux, on trouve d'autres bières sans alcool produites selon ce processus assez facilement. On reconnaît généralement les bières brassées de cette manière par le fait que la fermentation n'est généralement pas terminée et qu'elles ont un caractère de grain mouillé un peu renfermé - que d'aucuns compareraient à un crottin de cheval frais - parfosi désagréable, surtout au nez, et un goût sucré qui vire assez vite à l'écœurant.

Les grandes brasseries industrielles, travaillent en général en retirant l'alcool après fermentation pour produire leurs bières sans alcool. Là, deux processus sont possibles:

Premièrement, l'osmose inverse, un processus qui met la bière sous pression contre une membrane perméable à l'alcool, et l'alcool de la bière migre à travers la membrane.
Deuxièmement, et c'est le plus courant, la distillation sous vide : on fait le vide dans une cuve, où la bière est chauffée, et arrivé à une trentaine de degrés, l'alcool s'évapore. Et avec l'alcool, un certain nombre de composés aromatiques qu'il faudra ensuite séparer de l'alcool pour les remettre dans la bière si on veut faire les choses correctement.
Les bières désalcoolisées ont généralement un goût plus "achevé" que celles par fermentation à basse densité interrompue. Mais il leur manque l'alcool, donc elles manquent de corps et de présence en bouche. Les brasseurs tentent donc en général de corriger le tir - pas toujours avec grand succès - en partant d'une bière de base plus riche en sucres résiduels (dextrines), éventuellement brassée avec une proportion de malts un peu plus foncés, et/ou en renforçant le houblonnage aromatique.
Ce dernier point est d'ailleurs à relever en raison de l'effet sédatif du houblon qui fait que l'on peut avoir passé une soirée à boire de la bière sans alcool, avoir une alcoolémie à zéro, et ne pas raisonnablement être en état de conduire un véhicule pour autant en termes d'éveil et de rapidité de réaction. Donc prudence...

La plupart des bières sans alcool disponibles dans le commerce sont basées sur des lagers blondes, des fermentations basses. Et c'est en fait un problème quand il faut compenser l'absence de l'alcool en termes de goût, car la levure ne laisse pas de notes fruitées (esters) ou épicées qui peuvent aider à combler le vide en donnant de la présence en bouche.
On voit par contre, en Allemagne, une tendance très intéressante au développement de Weizenbiere sans alcool, basées sur des bières de froment bavaroises. Là, le blé, riche en protéines donne de l'ampleur, de l'épaisseur, et la souche de levure typique d'une Weizenbier laisse des notes de bananes et de clou de girofle.

Alors quoi ? y'a quoi de plus ou moins valable en sans alcool sur les tablettes de nos supermarchés ?

Disons que depuis le fameux test d'A Bon Entendeur en mai 2005, il y a quand même eu un progrès. j'ai goûté depuis des choses moins infâmes que ce qui était en dégustation ce jour-là. Par exemple, honnêtement, sans être un coq de concours la Feldschlösschen Alkoholfrei, qui a remplacé la Schlossgold à fin 2005, est nettement plus équilibrée et plus proche au goût d'une lager blonde alcoolisée... objectivement, on pourrait la préfèrer à la Feldschlösschen normale, vu qu'elle est moins aqueuse.
L'Eichhof Alkoholfrei, assez facile à se procurer (linéaires des Migros, entre autres), est elle aussi un produit pas exceptionnel dans l'absolu mais fondamentalement buvable et aussi équilibré qu'il est possible de le faire.


Du côté des Weizenbiere sans alcool, on trouve assez aisément de l'Erdinger Alkoholfrei (là aussi, entre autres sur les linéaires des Migros, mais aussi en magasin spécialisé en boissons) qui a fait son trou en Allemagne sur le créneau des boisons isotoniques pour les sportifs, vu qu'elle ne contient pas d'additifs, contrairement aux Isorade et autres Gatostar...
Il ne faudrait toutefois pas vouloir la comparer avec une Weizenbier alcoolisée, vu que le profil typique de banane et clou de girofle en est largement absent (pas qu'il ait jamais été tellement présent dans l'Erdinger normale...), mais son côté rond et son caractère marqué de céréales tirant sur le pain frais est fondamentalement plaisant. Et visuellement, une fois dans son verre, elle fait illusion sans problème au coin du bar...
Chez les spécialistes en bière, on pourra occasionnellement dénicher de la Paulaner et de la Weihenstephaner sans alcool, qui sont nettement plus minces en bouche, mais méritent qu'on les goûte, étant plus proches du profil habituel d'une Weizenbier.


Une relativement bonne surprise, sortie récemment, qui n'est pas - encore - disponible en Suisse, bien que la brasserie soit en Forêt-Noire, proche de Bâle est la Rothaus Hefeweizen Alkoholfrei. La brasserie d'état du Land de Bade-Wurtemberg ont sorti simultanément une Pils (Tannen Zäpfle Alkoholfrei) qui est dans la moyenne, sans plus. La Weizen, par contre, est plutôt réussie dans sa catégorie, pas trop trop mince, avec le caractère de banane et de girofle typique d'une Weizen, et pas d'alcool. Pas une bête de concours, mais plutôt bien fichue. Pour la trouver, il faut malheureusement passer le Rhin, mais elle est assez bien distribuée. Mais son étiquette est tellement proche de celui de sa soeur alcoolisée qu'on peut facilement la manquer au passage...

En l'état, c'est ce qu'on trouve de buvable pour le moment dans le sans alcool, et c'est en progrès par rapport à il y a encore 5 ans, bien qu'il y ait encore une belle marge de progression possible, pas de doute...

vendredi 30 octobre 2009

Cardinal avec ou sans ?

C'est fou ce qu'on trouve dans les recoins du Grand Cyberfoutoir Planétaire...

Il y a six semaines, je faisais allusion au fait que les bières sans alcool ne servaient manifestement à Carlsberg Suisse que dans une perspective de contournement de la loi en matière de publicité à la télévision, et je faisais allusion à l'affaire, il y a quelques années, du spot Cardinal quasi-identique pour la version sans (à la télé) et avec alcool (au cinéma).

Et là, on dit merci à IouTioube, moderne tonneau des Danaïdes :

version cinéma

version télévision

Edifiant, non ?