Petit suivi des événements de ces derniers jours...
- Concerant Diekirch au Luxembourg, des discussions entre InBev et le gouvernement luxembourgeois ont eu lieu le week-end dernier. Pour le moment, rien de concret, si ce n'est que le gouvernement luxembourgeois ne semblent pas vouloir reprendre eux-mêmes la brasserie, mais auraient des investisseurs privés intéressés...
- L'AFP (citée par Le Figaro, par exemple) signale qu'il y a maintenant bel et bien ruprture de stock de certains produits InBev auprès des grossistes. InBev vont-ils laisser le marché s'assècher dans l'espoir de susciter la grogne des consommateurs vouant à leurs marques une loyauté confinant à l'autisme ?
- De l'autre côté de la frontière, à Lille, l'édition locale de 20 Minutes rapporte par contre qu'on est loin de la pénurie. Info ou intox ?
Des arguments du genre "on n'a jamais été en rupture de stock en quinze ans" sont-ils vraiment pertinents ?
Bref, ça suit son cours, et m'est avis qu'InBev jouent bel et bien la montre et le pourrissement...
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mardi 19 janvier 2010
samedi 16 janvier 2010
AB InBev : restructuration, grève, blocus... pénurie ? Pas de pénurie !
Les dix derniers jour sont été assez mouvementés pour le plus gros producteur mondial de bière, Anheuser-Busch InBev (ou AB InBev), le géant belgo-brasilo-étasunien propriétaire, entre autres, des marques Brahma, Bud, Hoegaarden, Jupiler, Labatt, Leffe, Stella Artois...
Positionné sur un marché en baisse de manière chronique, celui de la bière de masse, le groupe a annoncé il y a dix jours des suppressions d'emplois importantes. Les remous, certes attendus, ont été plus forts que prévus en Belgique et au Luxembourg...
Jeudi 7 janvier : Annonce de la suppression de 263 places de travail dans les unités de production AB InBev en Belgique, qui en comptent 2700. La justification est la baisse des ventes de bière en Belgique.
Vendredi 8 janvier : Confirmation qu'AB InBev va sabrer 10% de ses effectifs en Europe, soit 800 postes. Et que le site de Diekirch au Luxembourg va être fermé avec la perte de 60 postes sur 93, et la production des deux marques "identitaires" luxembourgeoises, Diekirch et Mousel, transfèrée en Belgique (cf. développement le lendemain dans le Républicain Lorrain).
Le Figaro annonce qu'au site de production de Jupille, une dizaine de membres de la direction ont étés séquestrés par les ouvrier le jeudi soir.
La RTBF l'annonce aussi, annonçant que les membres de la direction ont été libérés le vendredi en milieu de journée, mais annonce surtout que la brasserie de Jupille est complètement à l'arrêt, Louvain, partiellement arrêtée, qu'un blocus par les ouvriers empêche toute sortie de bière et toute entrée de matières premières aux deux usines, qu'il y a assez de matières premières premières pour tenir 36 heures à Louvain, et que les négociations reprendront mardi.
Dimanche 10 janvier : appel à la manifestation à Diekirch le lendemain.
Lundi 11 janvier : Pas de nouvelles. Heineken fait diversion en annonçant son rachat des activités de brassage du mexicain Femsa.
Mardi 12 janvier : Le Républicain Lorrain et Le Quotidien rendent compte de 1'000 personnes présentes à la manifestation de la veille à Diekirch. Mais l'ambiance n'est pas à l'optimisme (probablement vu la longue histoire de fermetures brutales de brasseries depuis les années 60-70 par Interbrew, devenue InBev après sa fusion avec AmBev, puis AB InBev en fusionnant avec Anheuser-Busch...)
Une dépêche Belga annonce que les chaînes de grands magasins ont des stocks pour deux ou trois jours. le mot est lâché : pénurie. Comme s'il n'y avait qu'AB InBev qui produit de la bière en Belgique !!!
Jeudi 14 janvier : Nord-Eclair relativise les rumeurs de pénurie.
Mais RTL est pas du genre à faire dans la dentelle pour vendre sa salade, donc annonce que les négociations ont au point mort et un "réel risque de pénurie". Ben voyons, faisons un peu mousser l'affaire, et tant pis si le consommateur est trop blaireau pour se rendre compte qu'il y aura toujours de la bière brassée par d'autres sur les linéaires de son supermarché... On apprend cependant dans cet article que si les sites de Louvain et Jupille sont complètement bloqués depuis 3 jours (je sais pas comment ils ont fait leur compte, là...) Hoegaarden l'est aussi depuis 2 jours. Donc arrêt total en Belgique.
Du côté du Luxembourg, il est question d'une solution proposée par le gouvernement pour maintenir l'emploi à Diekirch, à savoir d'une reprise par l'Etat, probablement.
Vendredi 15 janvier : La justice belge rend une décision selon laquelle les blocages de Jupille, Louvain et Hoegaarden sont illégaux et doivent être levés. AB InBev annoncent qu'ils ont reçu l'autorisation de prendre les mesures nécessaire spour mettre fin au blocage, mais annonce préfèrer chercher une solution négociée. Ah bon ?
Oui, ben ça cachait quelque chose : dans la soirée, Theo Flissebalje, un de mes petits camarades du mouvement de consommateurs de bière néerlandais PINT me signale que, face au spectre d'un carnaval (dans quatre semaines...) sans bière (ahem...) InBev Pays-Bas a annoncé qu'ils avaient des stocks de Jupiler, et qu'ils pourraient en produire sur le site de Dommelen pour approvisionner la Belgique si nécessaire. Et voilà la carte dans la manche : AB InBev peut laisser pourrir la situation en Belgique si nécessaire
Et qu'est-ce qu'on peut tirer de tout ça ?
Ben c'est un peu beaucoup un cas d'école du comportement des multinationales de la bière !
La bière de masse est en perte de vitesse constante et chronique, et ses tonnages ne pourront jamais être compensés par des bières de spécialité en ce qui concerne les très grosses brasseries, même s'ils décidaient de s'y mettre sérieusement.
Pour sauvegarder sa valeur boursière et rassurer ses actionnaires quant à leurs dividendes, AB InBev applique la bonne vieille recette de la restructuration.
Réaction syndicale dure et déterminée en Belgique, en soi assez remarquable. Mais la bête a les reins assez solides pour encaisser les pertes et jouer le pourrissement. Peu réjouissant.
Côté Luxembourg, l'option étatique reste apparemment sur la table et la seule vraie alternative à la fermeture. Diekirch rejoindrait alors trois brasseries allemandes (Hofbräuhaus, Rothaus, Weihenstephan) et deux tchèques (Budweiser Budvar et Primator) dans les rangs des brasseries en mains publiques.
Je vais faire mon sale gauchiste de service une minute ou deux : du point de vue de l'emploi et des dommages collatéraux aux communautés locales, c'est proprement désastreux.
Mais c'est le modèle même de développement des multinationales de la bière, leur structure lourde et centrée sur une monoculture, qui les rend incapables de se maintenir autrement qu'en fermant des unités de production et en supprimant des emplois. Parce que la tendance baissière en termes de bière de masse n'est pas près de s'arrêter, et que de vendre des marques plutôt que de la bière ne fait plus recette.
Il reste juste à espérer que les plans sociaux en cours de négociation permettront aux employés licenciés de rebondir. Pour la main-d'œuvre qualifiée, c'est probable, et cela pourrait nous valoir quelques micros-brasseries de plus en Belgique dans un proche avenir, au passage. Mais pour la main-d'œuvre non qualifiée, les perspectives sont nettement plus sombres.
Radieux mois de janvier que voici...
Positionné sur un marché en baisse de manière chronique, celui de la bière de masse, le groupe a annoncé il y a dix jours des suppressions d'emplois importantes. Les remous, certes attendus, ont été plus forts que prévus en Belgique et au Luxembourg...
Jeudi 7 janvier : Annonce de la suppression de 263 places de travail dans les unités de production AB InBev en Belgique, qui en comptent 2700. La justification est la baisse des ventes de bière en Belgique.
Vendredi 8 janvier : Confirmation qu'AB InBev va sabrer 10% de ses effectifs en Europe, soit 800 postes. Et que le site de Diekirch au Luxembourg va être fermé avec la perte de 60 postes sur 93, et la production des deux marques "identitaires" luxembourgeoises, Diekirch et Mousel, transfèrée en Belgique (cf. développement le lendemain dans le Républicain Lorrain).
Le Figaro annonce qu'au site de production de Jupille, une dizaine de membres de la direction ont étés séquestrés par les ouvrier le jeudi soir.
La RTBF l'annonce aussi, annonçant que les membres de la direction ont été libérés le vendredi en milieu de journée, mais annonce surtout que la brasserie de Jupille est complètement à l'arrêt, Louvain, partiellement arrêtée, qu'un blocus par les ouvriers empêche toute sortie de bière et toute entrée de matières premières aux deux usines, qu'il y a assez de matières premières premières pour tenir 36 heures à Louvain, et que les négociations reprendront mardi.
Dimanche 10 janvier : appel à la manifestation à Diekirch le lendemain.
Lundi 11 janvier : Pas de nouvelles. Heineken fait diversion en annonçant son rachat des activités de brassage du mexicain Femsa.
Mardi 12 janvier : Le Républicain Lorrain et Le Quotidien rendent compte de 1'000 personnes présentes à la manifestation de la veille à Diekirch. Mais l'ambiance n'est pas à l'optimisme (probablement vu la longue histoire de fermetures brutales de brasseries depuis les années 60-70 par Interbrew, devenue InBev après sa fusion avec AmBev, puis AB InBev en fusionnant avec Anheuser-Busch...)
Une dépêche Belga annonce que les chaînes de grands magasins ont des stocks pour deux ou trois jours. le mot est lâché : pénurie. Comme s'il n'y avait qu'AB InBev qui produit de la bière en Belgique !!!
Jeudi 14 janvier : Nord-Eclair relativise les rumeurs de pénurie.
Mais RTL est pas du genre à faire dans la dentelle pour vendre sa salade, donc annonce que les négociations ont au point mort et un "réel risque de pénurie". Ben voyons, faisons un peu mousser l'affaire, et tant pis si le consommateur est trop blaireau pour se rendre compte qu'il y aura toujours de la bière brassée par d'autres sur les linéaires de son supermarché... On apprend cependant dans cet article que si les sites de Louvain et Jupille sont complètement bloqués depuis 3 jours (je sais pas comment ils ont fait leur compte, là...) Hoegaarden l'est aussi depuis 2 jours. Donc arrêt total en Belgique.
Du côté du Luxembourg, il est question d'une solution proposée par le gouvernement pour maintenir l'emploi à Diekirch, à savoir d'une reprise par l'Etat, probablement.
Vendredi 15 janvier : La justice belge rend une décision selon laquelle les blocages de Jupille, Louvain et Hoegaarden sont illégaux et doivent être levés. AB InBev annoncent qu'ils ont reçu l'autorisation de prendre les mesures nécessaire spour mettre fin au blocage, mais annonce préfèrer chercher une solution négociée. Ah bon ?
Oui, ben ça cachait quelque chose : dans la soirée, Theo Flissebalje, un de mes petits camarades du mouvement de consommateurs de bière néerlandais PINT me signale que, face au spectre d'un carnaval (dans quatre semaines...) sans bière (ahem...) InBev Pays-Bas a annoncé qu'ils avaient des stocks de Jupiler, et qu'ils pourraient en produire sur le site de Dommelen pour approvisionner la Belgique si nécessaire. Et voilà la carte dans la manche : AB InBev peut laisser pourrir la situation en Belgique si nécessaire
Et qu'est-ce qu'on peut tirer de tout ça ?
Ben c'est un peu beaucoup un cas d'école du comportement des multinationales de la bière !
La bière de masse est en perte de vitesse constante et chronique, et ses tonnages ne pourront jamais être compensés par des bières de spécialité en ce qui concerne les très grosses brasseries, même s'ils décidaient de s'y mettre sérieusement.
Pour sauvegarder sa valeur boursière et rassurer ses actionnaires quant à leurs dividendes, AB InBev applique la bonne vieille recette de la restructuration.
Réaction syndicale dure et déterminée en Belgique, en soi assez remarquable. Mais la bête a les reins assez solides pour encaisser les pertes et jouer le pourrissement. Peu réjouissant.
Côté Luxembourg, l'option étatique reste apparemment sur la table et la seule vraie alternative à la fermeture. Diekirch rejoindrait alors trois brasseries allemandes (Hofbräuhaus, Rothaus, Weihenstephan) et deux tchèques (Budweiser Budvar et Primator) dans les rangs des brasseries en mains publiques.
Je vais faire mon sale gauchiste de service une minute ou deux : du point de vue de l'emploi et des dommages collatéraux aux communautés locales, c'est proprement désastreux.
Mais c'est le modèle même de développement des multinationales de la bière, leur structure lourde et centrée sur une monoculture, qui les rend incapables de se maintenir autrement qu'en fermant des unités de production et en supprimant des emplois. Parce que la tendance baissière en termes de bière de masse n'est pas près de s'arrêter, et que de vendre des marques plutôt que de la bière ne fait plus recette.
Il reste juste à espérer que les plans sociaux en cours de négociation permettront aux employés licenciés de rebondir. Pour la main-d'œuvre qualifiée, c'est probable, et cela pourrait nous valoir quelques micros-brasseries de plus en Belgique dans un proche avenir, au passage. Mais pour la main-d'œuvre non qualifiée, les perspectives sont nettement plus sombres.
Radieux mois de janvier que voici...
mardi 6 octobre 2009
Les brasseries sans brasserie
J'ai mentionné, dans la deuxième tranche du compte-rendu de ma virée à Bruxelles, le fait que la Brasserie de la Senne a démarré en brassant chez De Ranke, qui eux-mêmes avaient démarré en brassant chez Deca.
Ce phénomène des "brasseries sans brasserie" est relativement répandu, et prend de multiples formes, qui sont d'une transparence variable pour le consommateur...
Il y a d'abord le cas, déjà évoqué ci-dessus, du brasseur qui loue les installations d'un confrère à la journée pour y brasser sa bière car il démarre, et n'a pas les fonds de départ pour acheter son outil de production. Le collègue y trouve aussi son compte, car il amortit son installation ce faisant. Ce mode de fonctionnement est généralement provisoire (ça dure souvent quelques années, tout de même, le temps d'imposer les produits et de se tailler une clientèle) et ne pose pas trop problème, car c'est bien le brasseur qui produit la bière selon sa propre recette et en contrôlant pratiquement totalement le processus. Ce dernier point a l'avantage de rendre généralement relativement indolore le transfert des bières au moment où la brasserie démarre ensuite dans ses murs. Il suffit généralement de trois ou quatre brassins pour réajuster les bières et revenir très près du profil d'origine.
La chose est toutefois rarement mentionnée sur les étiquettes, et c'est la seule chose qu'il y aurait à redire du point de vue du consommateur.
Ensuite, il y a le brasseur qui fait brasser sa bière chez un confrère. Les raisons sont souvent les mêmes, à savoir de lancer le produit et de se tailler une clientèle avant d'avoir à investir dans l'outil de production. Mais là, c'est le confrère qui se charge de la mise au point concrète du produit, pas le brasseur titulaire. Du coup le transfert vers l'outil de production définitif est souvent un problème, car le brasseur ne maîtrise pas son produit.
Parfois la bière est brassée à l'extérieur uniquement pour la mise en bouteille, la brasserie ne disposant pas d'une ligne d'embouteillage à elle.
Moins anodin, on rencontre aussi des cas où manifestement, le brasseur théorique n'a nullement l'intention de produire lui-même la bière. Ce genre de provisoire a donc parfois tendance à durer.
Là aussi, le lieu effectif de production de la bière n'est pas toujours indiqué sur l'étiquette.
En France, passablement de bières qui mettent en avant une image de produit régional sont en fait produites ailleurs. On a ainsi vu par le passé des bières corses dont l'étiquette, en petites lettres, disait qu'elles étaient produites par Duyck dans le Nord de la France et des bières basques, jurassiennes ou savoyardes produites par Castelain, eux aussi dans le Nord.
En outre, bien que n'en n'ayant pas eu entre les mains depuis une année ou deux, il me semble que la Tonnerre de Brest "bretonne" aux algues porte toujours une estampille agroalimentaire en "B" comme Belgique, et non "FR" comme France.
Et j'ai aussi souvenir d'une autre société condamnée en mars 2003 pour avoir vendu comme bière bretonne une bière brassée à façon en Belgique.
Le cas de figure suivant est la bière d'étiquette, où le donneur d'ordre, titulaire de la recette, n'est pas vraiment une brasserie, mais par exemple une chaîne de supermarchés, un grossiste, ou un cabinet de marketing qui fait produire à façon une bière sous sa propre étiquette. Là, la provenance effective est souvent quasi-impossible à établir.
Et on trouve parfois pire, à savoir des bières qui ne sont que le simple ré-étiquetage de bières existantes. Là, la tromperie peut atteindre des sommets, parce que le brasseur "nominal" non seulement ne brasse pas lui-même la bière, mais en plus, il n'est même pas propriétaire de la recette. Si le but est ensuite de reprendre la production dans ses propres murs, le décalage en termes de goût risque d'être assez important et surtout passablement définitif...
Est-ce à dire que les commanditaires qui se livrent à ce genre de bricolage seraient persuadés que leurs clients sont assez crétins pour ne pas faire la différence ? On n'oserait pas insinuer ça, voyons...
Evidemment, ce genre de pratique étant assez répandues sur certains marchés, c'est un véritable créneau dont des brasseries tirent une part plus ou moins importante de leurs revenus.
J'ai mentionné plus haut les nos de Castelain et Duyck comme producteurs connus à façon en France. En Allemagne, nombre de brasseries de moyenne et grande taille produisent de la bière premier prix pour les supermarchés, dans le flou le plus total...
La Belgique compte aussi un certain nombre de brasseurs à façon, les noms de Du Bocq, Huyghe, Lefèbvre ou Van Steenberge étant souvent évoqués dans le milieu. Apparemment, une brasserie comme Huyghe aurait quelque chose de l'ordre de six ou sept bières de base, leur large gamme propre et leur production à façon étant ensuite obtenue par des mélanges, des dilutions, des ajouts d'épices ou d'arômes, voire des colorations.
Il y a même une brasserie en Belgique, De Proefbrouwerij, dont la vocation même est de produire des bières à façon, en général des spécialités en petits tonnages, pour des brasseries sans brasserie, voire pour des brasseries établies désirant essayer une nouvelle recette ou disposer d'une spécialité en petite quantité. Si les recettes sont apparemment souvent originales, et une partie de la production de De Proef pour des tiers est clairement identifiée comme telle, l'essentiel de leur production semble ne pas être revendiquée sur les étiquettes, ce qui pose un gros problème de transparence vis-à-vis du consommateur.
(Pour en savoir plus sur l'étendue du phénomène en Belgique, et si on veut éviter de s'y faire fourguer de la bière d'étiquette, on compulsera avec profit l'excellent Good Beer Guide Belgium de Tim Webb)
Et en Suisse alors ? Ooooh, oui, y'en a aussi, une jolie floppée, même. Et slalomant souvent à la limite de la tromperie sur l'origine géographique du produit.
Mais le détail sera pour un de ces prochains jours...
Ce phénomène des "brasseries sans brasserie" est relativement répandu, et prend de multiples formes, qui sont d'une transparence variable pour le consommateur...
Il y a d'abord le cas, déjà évoqué ci-dessus, du brasseur qui loue les installations d'un confrère à la journée pour y brasser sa bière car il démarre, et n'a pas les fonds de départ pour acheter son outil de production. Le collègue y trouve aussi son compte, car il amortit son installation ce faisant. Ce mode de fonctionnement est généralement provisoire (ça dure souvent quelques années, tout de même, le temps d'imposer les produits et de se tailler une clientèle) et ne pose pas trop problème, car c'est bien le brasseur qui produit la bière selon sa propre recette et en contrôlant pratiquement totalement le processus. Ce dernier point a l'avantage de rendre généralement relativement indolore le transfert des bières au moment où la brasserie démarre ensuite dans ses murs. Il suffit généralement de trois ou quatre brassins pour réajuster les bières et revenir très près du profil d'origine.
La chose est toutefois rarement mentionnée sur les étiquettes, et c'est la seule chose qu'il y aurait à redire du point de vue du consommateur.
Ensuite, il y a le brasseur qui fait brasser sa bière chez un confrère. Les raisons sont souvent les mêmes, à savoir de lancer le produit et de se tailler une clientèle avant d'avoir à investir dans l'outil de production. Mais là, c'est le confrère qui se charge de la mise au point concrète du produit, pas le brasseur titulaire. Du coup le transfert vers l'outil de production définitif est souvent un problème, car le brasseur ne maîtrise pas son produit.
Parfois la bière est brassée à l'extérieur uniquement pour la mise en bouteille, la brasserie ne disposant pas d'une ligne d'embouteillage à elle.
Moins anodin, on rencontre aussi des cas où manifestement, le brasseur théorique n'a nullement l'intention de produire lui-même la bière. Ce genre de provisoire a donc parfois tendance à durer.
Là aussi, le lieu effectif de production de la bière n'est pas toujours indiqué sur l'étiquette.
En France, passablement de bières qui mettent en avant une image de produit régional sont en fait produites ailleurs. On a ainsi vu par le passé des bières corses dont l'étiquette, en petites lettres, disait qu'elles étaient produites par Duyck dans le Nord de la France et des bières basques, jurassiennes ou savoyardes produites par Castelain, eux aussi dans le Nord.
En outre, bien que n'en n'ayant pas eu entre les mains depuis une année ou deux, il me semble que la Tonnerre de Brest "bretonne" aux algues porte toujours une estampille agroalimentaire en "B" comme Belgique, et non "FR" comme France.
Et j'ai aussi souvenir d'une autre société condamnée en mars 2003 pour avoir vendu comme bière bretonne une bière brassée à façon en Belgique.
Le cas de figure suivant est la bière d'étiquette, où le donneur d'ordre, titulaire de la recette, n'est pas vraiment une brasserie, mais par exemple une chaîne de supermarchés, un grossiste, ou un cabinet de marketing qui fait produire à façon une bière sous sa propre étiquette. Là, la provenance effective est souvent quasi-impossible à établir.
Et on trouve parfois pire, à savoir des bières qui ne sont que le simple ré-étiquetage de bières existantes. Là, la tromperie peut atteindre des sommets, parce que le brasseur "nominal" non seulement ne brasse pas lui-même la bière, mais en plus, il n'est même pas propriétaire de la recette. Si le but est ensuite de reprendre la production dans ses propres murs, le décalage en termes de goût risque d'être assez important et surtout passablement définitif...
Est-ce à dire que les commanditaires qui se livrent à ce genre de bricolage seraient persuadés que leurs clients sont assez crétins pour ne pas faire la différence ? On n'oserait pas insinuer ça, voyons...
Evidemment, ce genre de pratique étant assez répandues sur certains marchés, c'est un véritable créneau dont des brasseries tirent une part plus ou moins importante de leurs revenus.
J'ai mentionné plus haut les nos de Castelain et Duyck comme producteurs connus à façon en France. En Allemagne, nombre de brasseries de moyenne et grande taille produisent de la bière premier prix pour les supermarchés, dans le flou le plus total...
La Belgique compte aussi un certain nombre de brasseurs à façon, les noms de Du Bocq, Huyghe, Lefèbvre ou Van Steenberge étant souvent évoqués dans le milieu. Apparemment, une brasserie comme Huyghe aurait quelque chose de l'ordre de six ou sept bières de base, leur large gamme propre et leur production à façon étant ensuite obtenue par des mélanges, des dilutions, des ajouts d'épices ou d'arômes, voire des colorations.
Il y a même une brasserie en Belgique, De Proefbrouwerij, dont la vocation même est de produire des bières à façon, en général des spécialités en petits tonnages, pour des brasseries sans brasserie, voire pour des brasseries établies désirant essayer une nouvelle recette ou disposer d'une spécialité en petite quantité. Si les recettes sont apparemment souvent originales, et une partie de la production de De Proef pour des tiers est clairement identifiée comme telle, l'essentiel de leur production semble ne pas être revendiquée sur les étiquettes, ce qui pose un gros problème de transparence vis-à-vis du consommateur.
(Pour en savoir plus sur l'étendue du phénomène en Belgique, et si on veut éviter de s'y faire fourguer de la bière d'étiquette, on compulsera avec profit l'excellent Good Beer Guide Belgium de Tim Webb)
Et en Suisse alors ? Ooooh, oui, y'en a aussi, une jolie floppée, même. Et slalomant souvent à la limite de la tromperie sur l'origine géographique du produit.
Mais le détail sera pour un de ces prochains jours...
vendredi 2 octobre 2009
Mission spéciale à Bruxelles. Episode II

Or donc, comme je le racontais l'autre jour, j'ai été invité en mission esssspéciale dans ce paysage brassicole bruxellois où l'autosatisfaction et la complaisance corporatistes ne sont pas sans rappeler ce qu'on peut observer chez les chocolatiers industriels suisses.
Il s'agissait de ramener ma fraise de bièrophile francophone disposant d'une expertise à peu près passable dans les domaines britannique et germanique dans le cadre de la formation du staff des Chez Moeder Lambic, tant l'historique de St-Gilles que celui qui ouvrira prochainement à la Place Fontainas, au centre de Bruxelles.
(Moeder se prononce "moudeur", soit dit en passant...)
Oui, parce que, en prévision de l'ouverture du nouveau bar, Nassim Dessicy et Jean Hummler, les deux associés propriétaires de Chez Moeder Lambic ont décidé d'investir dans leur personnel, de les engager à l'avance, et de les former en un bloc de deux semaines. C'est assez rare pour être relevé, et c'est une des raisons qui m'ont poussé à participer à l'affaire... enfin: ça, et la solide éthique de travail de ces messieurs.
Mon rôle précis là-dedans était d'assurer les deux dernières (petites) journées de cours, en ouvrant la perspective sur les traditions brassicoles germaniques et britanniques, la culture brassicole belge étant passablement centrée sur elle-même, comme en Allemagne, et ignorant volontiers ses voisines...
Dit crûment : le buveur moyen belge est à peu près aussi ignare en matière de bière que le buveur moyen suisse ou français, à ceci près qu'il est souvent persuadé d'avoir la science infuse, en raison de sa nationalité. (A ce titre, il est très semblable au buveur moyen bavarois ou allemand...) Je craignais donc un peu de devoir lutter à contre-pente avec un auditoire hermétique...
Mais je me suis trouvé face à un échantillonnage d'une trentaine de barmen et barmaids, futurs ou confirmés, d'origines et de parcours divers, pour la plupart de moins de 30 ans, et surtout, remarquablement intéressés et réceptifs à se faire raconter la bière hors de leur pré carré.
Il est vrai que Chez Moeder Lambic est un lieu pas comme les autres, une légende un peu décatie qui a repris du poil de la bête quand Nassim et Jean en ont repris les commandes en 2006, en y imposant une éthique de travail et en resserrant les boulons du bon sens élémentaire pour rendre l'affaire viable.
Chez Moeder Lambic à St-Gilles, il n'y a plus qu'environ 200 bières à la carte, au lieu de 800 et quelques auparavant. La raison première est de permettre une gestion réaliste du stock, mais ce coup de balai a aussi permis de ne garder que les bières de qualité produites par des brasseries artisanales et au pedigree parfaitement transparent.
Enfin presque, parce qu'il reste "du Disney", comme ils disent, sous la forme de la gamme Grisette, deux ou trois blanches aromatisées aux fruits vendues par St Feuillien (qui les sous-traite à Affligem, donc Heineken Belgique).
Pour sortir du Disney sans trop se violenter le palais, on y trouvera du Faro (lambic sucré, qui rappelle un cidre doux) de chez Cantillon, ou, pour les palais plus aguerris, du lambic et de la kriek de même source... Hors grossistes, c'est actuellement, sur 38 mètres carrés, le plus gros débit Cantillon de Belgique. Ce quilaisse rêveur quand on pense à la surface et la fréquantation de certains bièrodromes du centre de Bruxelles, Cantillon étant tout de même établis à Bruxelles...
D
e manière peut-être plus significative encore, Chez Moeder Lambic se passe totalement de lager blonde à la pression, cette pils pilier quasi-obligatoire des bars belges. Elle est remplacée avec un indéniable succès commercial, par l'excellente Taras Boulba de la Brasserie de la Senne, une fermentation haute à 4,2% (version pression), sèche et bien houblonnée, pas loin d'une bitter anglaise qui aurait pris un fort accent belge.Ses sœurs Stouterik (stout à 4,5% à l'anglaise, avec un petit accent belge aussi) et Zinnebir (ale blonde à 6% très houblonnée, parfait antidote à l'excès de clones de L*ffe Blonde), confirment qu'il y a bel et bien de bonnes bières belges à moins de 6.5% d'alcool...
La Brasserie de la Senne est, soit dit en passant, une des valeurs montantes côté brasseries en Belgique, aux côtés de Jandrain Jandrenouille, Struise et Rulles, par exemple. Ils devraient commencer à brasser sur leurs propres installations cet automne, mais vont pour le moment brasser chez De Ranke, la brasserie à qui on attribue le retour il y a de cela une bonne décennie de houblonnages plus massifs dans la bière belge, avec la XX Bitter et la Guldenberg.
Ce genre d'arrangement, voyant un brasseur louer les installations d'un confrère pour y brasser sa bière, est plutôt une bonne chose, permettant à des brasseurs de démarrer en permettant à un confrère d'amortir un peu plus son installation. A ceci près que la chose soit être transparente vis-à-vis du consommateur, et que ce ne doit pas être l'occasion de bricolages douteux, comme le simple ré-étiquetage d'une bière existante...
C'est en brassant chez Deca que De Ranke ont eux-mêmes démarré, et depuis que De Ranke ont leur propre brasserie, Struise brassent chez Deca, en attendant d'avoir leur propre brasserie.
Bref, revenons à nos Moeder, euh, moutons...
Chez Moeder Lambic va donc prochainement essaimer à la Place Fontainas, proche de l'hypercentre de Bruxelles, dans les 200 mètres à l'ouest du manneken pis, mais hors du périmètre de l'îlôt sacré, de ses restaurants à poisson et de ses hordes de touristes.
L'emplacement précis, est entre un salon-lavoir et un bouquiniste spécialisé dans la photo érotique, est intéressant, sur une place qui va devenir en bonne partie piétonne à l'avenir.
De très gros travaux ont été nécessaires, mais ont permis de construire un bel outil de service de la bière : 40 tireuses à pression, tous les fûts étant dans une chambre froide, auxquelles s'ajoutent 6 pompes manuelles qui débiteront du lambic plat, et des frigos pour une sélection de bouteilles.
Et, ce qui justifiait ma descente sur Bruxelles, une partie de la gamme devrait, à terme, être constituée de bières non-belges, avec une sélection germano-britannique en bouteille et des bières invitées provenant chaque mois d'un autre pays, en rotation.
Y'aura pire, quoi, comme abreuvoir...
L'ouverture est prévue pour le 30 octobre, et tout le mal que l'on peut souhaiter à Nassim et Jean et leur sympathique horde sauvage est que leurs efforts soient couronnés de succès et que Chez Moeder Lambic Fontainas connaisse le succès qu'il mérite à mon humble avis - un avis pas objectif du tout et qui ne cherche absolument pas à l'être !
Chez Moeder Lambic St Gilles, Rue de Savoie 68 à St Gilles (tram 55, arrêt Albert)
Chez Moeder Lambic Fontainas, Place Fontainas 8 à Bruxelles (métro station Anneessens)
Mots-clés
[french],
Belgique,
Brasserie de la Senne,
Cantillon,
Chez Moeder Lambic,
diversité,
Taras Boulba
mercredi 30 septembre 2009
Mission spéciale à Bruxelles. Episode I

Silence radio sur ce blog pendant quelques jours, dûs à une descente à Bruxelles et le besoin de s'en remettre un peu...
Bruxelles, dans l'imaginaire du buveur de bière moyen, c'est l'Eldorado, l'astre solaire, le lieu de pèlerinage où tout n'est que délices dans une vallée où coulent le lait et le miel... enfin, un truc sublimé du genre.
Oui, on y boit de bonnes choses sans trop batailler, certes les bars à bières foisonnent, et leurs menus sont kilométriques... mais il vaut mieux ne pas trop gratter sous la surface...
Parce que fondamentalement, une trop grande partie du petit monde de la bière en Belgique est en roue libre, vivant principalement sur sa réputation, sans trop l'alimenter ou l'entretenir...
La majorité des bars spécialisés bruxellois servent sans discrimination les pires concoctions industrielles - aromatisées ou non - aux côtés de produits réellement artisanaux, sans bien différencier. Les bières d'étiquette au lieu de brassage et au pedigree peu clairs y sont aussi monnaie courante... Quant aux brasseries artisanales, si on y compte effectivement une partie appréciable de bières excellentes ou exceptionnelles, il y a des scories, des choses irrégulières voire franchement déficientes sur le plan technique.
Et même que c'est vrai et qu'il faut le dire : c'est pas parce que c'est une bière artisanale qu'il faut obligatoirement en dire du bien !
Les listes à 400, 800, 1'000 bières et plus impressionnent leur monde, mais elles contiennent beaucoup de ballast, de bières peu mémorables, et posent des problèmes sérieux de gestion du stock, tant pour assurer que tout ce qui est au menu soit effectivement en stock, et qu'il y ait un roulement suffisant pour éviter de servir des bières passées, dégradées par le vieillissement.
Et puis, il y a quelques endroits d'exception. Le Musée Bruxellois de la Gueuze, par exemple, à Anderlecht, plus connu sous le nom de Brasserie Cantillon. Une brasserie-musée en pleine activité, que mon ami Kuaska, éminent spécialiste de la fermentation spontanée, appelle par boutade "i talebani della gueuze" (les talibans de la gueuze).
Jean Van Roy, et avant lui son père Jean-Pierre, ont mené et mènent toujours une lutte pour maintenir la brasserie à son emplacement, avec sa flore bactérienne spécifique, et sa faune d'araignées prédatrices de drosophiles, malgré les services d'hygiène à la perspective étriquée, malgré l'urbanisme anarchique et les "réaménagements" destructeurs du quartier derrière la gare du Midi*, et malgré la force de frappe des grandes brasseries qui ont imposé une pseudo-gueuze doucereuse dans l'esprit des consommateurs.
Les lambics, gueuzes, kriek etc. de chez Cantillon sont euh, différentes... : très sèches, avec une acidité marquée, et un caractère de cave et d'écurie complexe à souhait. Pas du goût de tout le monde (je n'en boirais pas toute la soirée, je l'admets, mais ça va mieux...), mais une œuvre de salubrité publique en termes de diversité de goûts, à l'égal des petits producteurs de fromage au lait cru...
Et une capacité à innover, aussi, Jean Van Roy expérimentant régulièrement par exemple avec des cuvées spéciales houblonnées à cru.
J'étais donc à Bruxelles sur invitation d'un bar qui entretient des relations particulières avec Cantillon, mais je vous raconterai le détail la prochaine fois...
* il convient de rappeler qu'en patois bruxellois, architecte est une insulte... et il suffit de se pencher sur quelques monstruosités comme le Palais de justice - en fait, non, on ne se penche pas sur le Palais de justice, on se déboîte les cervicales à essayer de lever assez la tête... - ou l'axe Bruxelles-Nord - Bruxelles-Midi pour comprendre pourquoi...
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