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mardi 16 février 2010

BrewDog contre Schorschbräu : l'escalade continue !

Bon ben voilà, ils ne pouvaient pas en rester là...

Dans la course au plus fort taux d'alcool en recourant au fractionnement par congélation (pour les épisodes précédents sur ce blog, voir ici et ), les Ecossais de BrewDog ont annoncé avoir repris l'avantage sur leur concurrent bavarois Schorschräu.

Schorschbräu qui ont donc sorti au début de l'année une Schorschbock 40%, dépassant la Tactical Nuclear Penguin de BrewDog (31 %) . Et aujourd'hui BrewDog annoncent une Sink the Bismarck ! à 41% d'alcool par volume. Vidéo bien débile à l'appui.
Du point de vue marketing, c'est une fois de plus brillant, même si le recours aux stéréotypes usés jusque à la corde des vieux films de guerre quand il s'agit de se frotter aux Allemands, s'il est adapté au public visé, n'est pas exactement d'une inventivité exceptionnelle...

Là où la Tactical Nuclear Penguin était une stout impériale fractionnée trois fois par congélation, la Sink the Bismarck ! est apparemment une India Pale Ale fractionnée par congélation à quatre reprises. Avec une charge en houblon proprement surréaliste.
Buvable ? Comme avec la précédente, faudra voir, mais ils sont fichus de s'en tirer avec les honneurs...

Prix par bouteille de 33 cl : £ 40. Soit plus ou moins le même prix par pour-cent d'alcool que la Tactical Nuclear Penguin.
Bon, à 41%, on est dans la même catégorie de taux d'alcool qu'un whisky courant, donc ça a légitimement son prix...

mercredi 13 janvier 2010

Face au monstre

Dans la course au taux d'alcool le plus élevé en concentrant de la bière par congélation, Schorschbräu semblent, avec la sortie de leur Schorschbock à 40% (en fait 39.44%) avoir pris l'avantage sur BrewDog avec leur Tactical Nuclear Penguin à 32%

On était resté sur : est-ce que ces monstres-là sont buvables ?
Là, j'ai un début de réponse...

Par la grâce de l'ami Bov qui en a amené une bouteille lors de notre dernière dégustation en petit comité, j'ai pu déguster la Tactical Nuclear Penguin de BrewDog.


La bête est livrée dans une bouteille de 33cl capsulée, cachée dans un sac en papier kraft orné d'un pingouin et d'un "32%" tracés au marqueur noir. La pique en direction des autorités sanitaires et des milieux de la prévention écossais et de leur réactions disproportionnées à l'égard de Brewdog est évidente: cachez ce liquide que je ne saurais voir...

Issue d'une stout impériale passée successivement dans deux fûts de whisky, puis concentrée à plusieurs reprises dans un processus de fractionnement par congélation - jouant sur le fait que l'alcool a un point de congélation plus bas que celui de l'eau - la bière a une belle couleur acajou foncé, parfaitement limpide.
Et elle est parfaitement plate, ce qui n'est que bon sens, vu que la bouteille ne saurait être vidée en une fois. A cinq, nous en avons dégusté les deux tiers, soit dans les 4 cl par tête. On aurait juste apprécié un bouchon qui se referme plutôt qu'une simple capsule...

Dans le verre, la densité du liquide est assez évidente. Il s'écoule sur les parois du verre comme un sherry ou un porto.
Au nez, c'est énorme. Beaucoup d'alcool, et un alcool brûlant, accompagné d'un malt foncé sec, légèrement rôti et chocolaté, d'un fort fruité semblable à un brandy, et de notes de bois, de vanille, de sirop d'érable.

Au palais, c'est aussi joliment intense riche, rond, relativement épais, mais pas vraiment sucré, ni collant, sirupeux ou huileux  - la congélation précipitant les protéines - et l'alcool est très en retrait. Le goût est complexe, une base de malt grillé, avec de la vanille, du bois, un peu de brandy, et une note saline rappelant la sauce soja - note relativement courante dans les stouts fortes, surtout après quelques années en cave. Cette note saline rend l'ensemble agréablement sec, une petite touche d'acidité finissant d'équilibrer la petite douceur de fond.
Une amertume se fait sentir de manière assez surprenante sur le devant de la langue.
Ce n'est que quand on avale que l'alcool se fait vraiment sentir, dans la gorge, par une agréable chaleur, pas agressive.


Au bout du compte, c'est très buvable, presque gouleyant, plaisant, chaleureux, pas trop lourd, pas surpuissant, même si ses effets sur le cerveau quelques minutes plus tard sont parfaitement nets.
Dans une approche contemplative, le monstre glisse bien, mais s'approche nécessairement avec respect, vu l'épaisseur et l'intensité. Sans mentionner les £30 quil faut aligner sur le comptoir pour une bouteille...

Ah, et l'autre question qui tue : est-ce que c'est encore de la bière ? Oui, c'est est. Pas de doute, c'est plat, mais il n'y a pas de doute qu'il s'agit d'une boisson à base de malt, qui renferme encore des solides issus du malt.

PS : au début de la même dégustation, l'ami Pascal de Neuch' avait amené une Nanny State de BrewDog, la brune à 1,1% produite par Brewdog en réponse aux accusations délirantes d'incitation à l'abus d'alcool lancées par les milieux de la prévention écossais suite au lancement de leur Tokyo* à 18,2% l'été dernier. La Nanny State est très mince, avec un malt rôti perceptible et qui revient de manière spectaculaire en arrière-goût, et donne surtout l'impression d'un thé de houblons, avec 225 unités internationales d'amertume (IBU) sur le papier, soit environ 15 fois la dose de houblons qu'on trouve dans une lager blonde de masse. Bref, ce n'est pas équilibré, mais pas du tout, mais pour le lupulomane impénitent que je suis, c'est un délice...

jeudi 3 décembre 2009

La mienne est plus forte que la tienne !


Je vous avais dit qu'on reparlerait de BrewDog...

Le 26 novembre, la microbrasserie écossaise BrewDog ont annoncé la sortie d'une nouvelle bière, baptisée Tactical Nuclear Penguin (ahem... "Pingouin nucléaire tactique"... une allusion au fameux "Exploding penguin sketch" des Monty Python, peut-être ?), avec une bonne dose de provocation, pour changer, vu que ce petit monstre affiche 32% d'alcool par volume.

Ce qui a immédiatement provoqué l'ire d'Alcohol Focus Scotland, sur le mode "nous voulons savoir pourquoi des brasseurs voudraient-ils brasser quelque chose qui est presque aussi fort qu'un whisky ?"

Mais parce qu'ils en ont la possibilité technique et légale, simplement !

A £30 (oui, trente livres sterling, soit plus de cinquante francs suisses) la bouteille de 330ml, avec deux points de vente annoncés en Grande-Bretagne, la Tactical Nuclear Penguin ne s'adresse pas vraiment au poivrot de base ni aux jeunes mâles en quête d'une cuite avantageuse, vu qu'elle est beaucoup plus chère que de la vodka de grande surface.


Le grand guignol habituel, quoi, avec un certain arrière-goût de déjà vu, comme un écho de l'affaire Tokyo* de l'été dernier.
 A ceci près - probablement suite à la polémique sur la Tokyo* l'été dernier - que l'étiquette porte apparement une petite mise en garde qui dit :   
Ceci est une bière exrtrêmement forte, elle devrait être dégustée en petites portions et avec un air de nonchalance aristocratique. Exactement de la même manière dont vous dégusteriez un bon whisky, un album de Frank Zappa ou la visite d'une fantôme amical mais anxieux.

(Dans le texte : This is an extremely strong beer, it should be enjoyed in small servings and with an air of aristocratic nonchalance. In exactly the same manner that you would enjoy a fine whisky, a Frank Zappa album or a visit from a friendly yet anxious ghost.)
Une autre petite surprise est que ça a dérapé en concours international de b*tes entre brasseurs adulescents, BrewDog n'étant pas totalement seuls sur le terrain des taux d'alcool extrêmes: Les précédents détenteurs du record, la brasserie allemande Schorschbräu, qui culminaient avec un Schorschbock à 31%, ont annoncé aussi sec la sortie d'une version à 39,44% pour début 2010. La mienne est plus forte que la tienne, et mon brassin il est plus fort que le tien...

Voilà voilà...mais comme l'a très justement proposé d'entrée Pete Brown : peut-on parler de la bière ?

Deux questions s'imposent : est-ce encore de la bière ? Et est-ce buvable ?

Sur la question de la nature brassicole du produit, on lit tout et n'importe quoi sur le web ces derniers jours, ça aligne les arguments foireux dans les coins sans forcément avoir bien compris de quoi il retourne...


Mon avis personnel tout bien considèré est que c'est bien de la bière. A savoir une boisson fermentée à base de céréales (parfaitement, j'inclus le saké, la chicha et le dolo dans le concept de bière, et tant pis pour ceusses à qui cela déplaît !).

Il est effectivement difficile de dépasser les 15% uniquement par fermentation, des cas isolés parvenant, avec des levures à champagne à des 17, 20 voire 23%, mais les levures finissent toujours par cesser de travailler sous l'effet de trop d'alcool... Un processus particulier est nécessaire.

La Tactical Nuclear Penguin, tout comme les Schorschbock à 31 et 39 %, est obtenue à la manière d'une Eisbock, à savoir par congélation.
L'eau gèle avant l'éthanol, donc si on retire la glace, on enlève avant tout de l'eau (accompagné d'un peu d'alcool et de solides, en particulier des protéines, issus du malt et du houblon), donc au final on augmente la proportion d'alcool dans le liquide restant.

Le terme correct  pour ce genre de procédure est apparemment fractionnement par congélation (freeze fractioning). Certains parlent de distillation par congélation (freeze distillation), ce qui est certes un terme courant, mais engendre la confusion dans les esprits. On trouve du coup sur le Grand Cyberfoutoir nombre de commentateurs peu avisés qui se cramponnent au mantra "c'est une distillation donc c'est plus de la bière..."

Sauf que non, c'est pas une distillation à proprement parler, et surtout, c'est pas là la question.

La question est la présence des solides issus du malt et du houblon dans le produit fini.

Quand on extrait l'alcool d'une fermentation de malt en vue de le garder, en jetant le liquide restant, qui contient l'extrait sec issu du malt et du houblon, le produit fini n'est effectivement pas de la bière, mais un distillat, débarrassé de ses solides.

Quand on retire par congélation ce qui est essentiellement de l'eau d'une bière afin de la concentrer, le liquide qu'on garde, cette bière "concentrée" contient toujours l'essentiel des solides issus du malt et du houblon. C'est donc une bière.
Par analogie, on relèvera que quand on extrait, par distillation sous vide, l'alcool d'une bière, dans le but de commercialiser ce liquide désalcoolisé, c'est bel et bien de bière sans alcool qu'on parle, parce que les solides du malt et du houblon y sont toujours présents.

Donc même en tenant compte du bidouillage par congélation, ces boissons-là sont bien des bières, et non des spiritueux.
(D'éventuelles limitations douanières ou législatives qui posent des limites supérieures en taux d'alcool à la notion de bière ne doivent pas non plus faire diversion ou autorité, leur objet étant fiscal, et non la nature effective du produit. C'est aussi l'objet, par exemple de la loi texane qui prévoit que toute bière de plus de 6% doit s'appeler ale, même si c'est une fermentation basse.)

Ensuite, est-ce buvable, une Tactical Nuclear Penguin à 32% ou une Schorschbock à 31%. Ne les ayant pas - encore - goûtées, je ne peux pas me prononcer de manière définitive, mais j'ai quelques pistes...

La première est d'avoir au l'occasion de déguster la Schorschbock dans sa version à 16%, et la BrewDog Tokyo* à 18,2%
A ce genre de densité, la Schorschbock fait l'effet d'un sirop de malt caramélisé, huileux, avec une amertume poisseuse, un peu métallique. L'impression générale est une grande lourdeur. La Tokyo*, par contre, bien que l'alcool y soit très évident, est nettement moins épaisse, et joue sur divers registres pour trouver un semblant d'équilibre.
L'avantage, sur le papier, irait donc à BrewDog.

La deuxième piste est une dégustation il y a 18 mois de la Samuel Adams Utopias - dont un nouveau lot vient d'être mis sur le marché.

Hors de prix, vendue dans une bouteille d'un kitsch particulièrement appuyé, dopée jusqu'aux yeux (27%) à coups de sirop d'érable, plate, et huileuse, l'Utopias se pose sur le registre des liqueurs et vins de dessert. Son gros problème est un alcool très agressif, omniprésent, qui couvre le caractère complexe de l'ensemble.
C'est particulièrement criant si on la compare avec une Xyauyù de la brasserie Baladin, qui, dans un registre similaire, n'affiche que 13% d'alcool et une complexité bluffante quelque part entre le porto et le rhum ...

Donc au bout du compte, ce sont à mon humble avis les taux d'alcool affichés qui risquent de vouer ces bières à l'échec sur le plan organoleptique.  

Moralité : Wait and see...

PS: cerise sur le gâteau, The Independent annonce aujourd'hui que la plainte déposée auprès du Portman Group par Alcohol Focus Scotland et "un membre du public" - qui n'est autre qu'un des deux fondateurs de  BrewDog - concernant la Tokyo* et son couplet marketing a été partiellement approuvée par le Portman Group.
Ce dernier va faire passer une alerte dans le commerce de détail sommant les détaillant de cesser la vente jusqu'à modification du marketing du produit. Tout détaillant passant outre peut faire l'objet d'une plainte et risque un retrait de licence.
Il est maintenant probable que de discrètes négociation aient lieu pour chercher un accord entre les parties...

jeudi 19 novembre 2009

Jusqu'où aller trop loin...

Ces derniers jours, la blogosphère britannique bruisse d'une question : "BrewDog ont-ils fini par vraiment aller trop loin ?"

Il faut dire que leur dernière provoc' en date est particulièrement carabinée : la microbrasserie écossaise a annoncé que la plainte contre elle contre elle en août dernier auprès du Portman Group avait été déposée ...par eux-mêmes!


Mais il faut peut-être expliquer le contexte, parce que c'est une longue histoire...

BrewDog est une microbrasserie écossaise fondée fin 2006 à Fraserburgh, dans l'Aberdeenshire, près du coin nord-est de l'Ecosse. En fait de microbrasserie, c'est en fait déjà une assez grosse affaire avec une production annoncée de 120'000 bouteilles (de 33cl) par mois pour l'exportation, donc quelque chose de l'ordre de 4'800 hectolitres par an, auxquels il faut ajouter les bouteilles pour le Royaume-Uni et la petite quantité distribuée en fût.
Les deux fondateurs, James Watt et Martin Dickie on rapidement fait parler d'eux en se positionnant en rupture par rapport au marché britannique.

Rupture sur les styles de bières, en suivant franchement la voie tracée par les microbrasseries étasuniennes : des IPAs et Double IPAs à 6 ou 9% d'alcool, avec des houblonnages très massifs faisant appel aux variétés nord-américaines, des stouts à 9% vieillies en fûts de whisky d'Islay, IPA à 9% vieillie en fût à bord d'un chalutier...
Tout ce genre de choses dans l'air du temps des bières "extrêmes".
Et les produits sont bons, si l'on fait abstraction du petit arrière-goût métallique qu'on trouve parfois dans les bières plus légères de la gamme...

Rupture de par le format : là où les bières traditionnelles de fermentation hautes sont en général vendues en bouteilles de 500ml, les 330 ml étant réservées aux grande marques de lagers blondes de masse pour jeunes encravatés urbains, BrewDog ont depuis le début embouteillé en 330ml uniquement.
Et les étiquettes sont aussi en rupture, avec un graphisme contemporain assez minimaliste, mais identifiable immédiatement , là où le secteur joue pour l'essentiel sur la tradition.

Rupture enfin par le ton de leur communication. Qu'il s'agisse des étiquettes, des descriptions de leurs bières ou de leurs communiqués de presse, BrewDog sont les sales gamins autoproclamés du monde brassicole britannique. La provoc' est une seconde nature, ils en usent et en abusent.

L'étiquette de leur Punk IPA, par exemple, nous explique qu'on ferait mieux de reposer cette bouteille immédiatement, parce qu'on ne l'aimera de toute manière pas, qu'on n'est pas assez sophistiqués pour ça. Après avoir lu ça, personne ne va reposer la bouteille au linéaire, c'est clair. Et c'est d''ailleurs un pompage de la communication de Stone Brewing aux USA.

Très vite, cette agitation a attiré l'attention du Portman Group, le gendarme d'autorégulation de l'industrie britannique de l'alcool.
Le Portman Group est un gendarme critiqué pour sa tartufferie, tel le braconnier se proclamant garde-chasse. Tartufferie qu'il a démontré en cherchant noise à des microbrasseries en raison du nom de leurs bières, par exemple la Skullsplitter d'Orkney Brewery, sous prétexte d'incitation à la violence, et cela plus de 10 ans après sa mise sur le marché, alors que rien n'était fait pour freiner la promotion à un jeune public des alcopops produits par les principaux membres dudit gendarme de la gnôle...
Il faut cependant reconnaître que le Portman Group joue parfois aussi un rôle de défense contre l'hystérie anti-alcool des milieux de la "prévention", donc le politiquement correct confine trop souvent à la c*nnerie pure et simple.

On citera en particulier la plainte auprès du Portman Group déposée par Alcohol Concern - une instance financée par le gouvernement britannique - contre l'étiquette de la Dorothy Goodbody Wholesome Stout de la brasserie de Wye Valley, sous prétexte que ladite Dorothy, pin-up délicieusement rétro, ne porterait soi-disant pas de culotte (cf. à droite, cliquer pour agrandir et se dire que... oui, y'a des malades qui s'ignorent!). Cette plainte avait été rejetée, comme ne constituant pas une violation du code de conduite de la branche.

Enfin bref, le Portman Group ont aligné les procédures d'examen contre les étiquettes de BrewDog à fin 2008... dans le détail :

- la Punk IPA étant décrite comme "une bière agressive", le panel du Portman Group a considéré que le qualificatif risquait surtout de s'appliquer aux consommateurs de cette bière, donc incitation à la violence. (ben voyons, avec la dose de houblon bien sédatif qu'il y a dedans...)

- l'HopRocker était décrite de manière ironique comme un "aliment nourrissant" duquel "il y avait encore de la magie à extraire".  Ce qui a été interprété par le panel comme impliquant que la bière en question pouvait amélorer les capacités physiques et mentales.

- La RipTide, décrite comme une "stout tordue et sans merci", a aussi été jugée comme une incitation aux comportements antisociaux.

Ces trois-là ont été de fait rejetées après procédure.


Mais dans une autre procédure, la Speedball, bière rousse à 8% à la guarana a bel et bien été condamnée et BrewDog de fait contraints de la retirer, le terme désignant aussi un mélange d'héroïne et de cocaïne.

Quand en juin dernier, BrewDog ont mis sur le marché la Tokyo*, une version gonflée de leur stout impériale à 12% Tokyo et titrant 18,2% d'alcool, la montée aux barricades a été générale.
D'un côté, des organisation de "prévention" en particulier Alcohol Focus Scotland, dénonçant une incitation à l'abus d'alcool qui allait nécessairement faire des ravages parmi la jeunesse du pays et montrait une attitude irresponsable.

De l'autre nombre de journalistes brassicoles comme l'excellent Pete Brown relevant que la Tokyo* est une bière noire très épaisse, un liquide qu'il est exclu de boire de manière compulsive (en ayant eu une bouteille courtesy of The Legendary Melissa Cole, je confirme : très buvable pour une densité pareille de mon point de vue de dégustateur fait au feu, mais de nature à faire fuir le buveur de base vu son épaisseur et son intensité) était vendue dans une poignée de boutiques spécialisées, qu'elle coûtait £9.99 (dans les 18.- Frs.) la bouteille de 33 cl, ce qui la rendait invendable au buveur moyen.
Pete Brown a poussé le raisonnement plus avant, en dressant une liste d'exemples prouvant qu'il y avait, dans les supermarchés britanniques, bien d'autres manières de se procurer une plus grande quantité d'alcool pur par livre sterling (jusqu'à 7,5 fois plus !), qu'il s'agisse de bières, de vins ou de spiritueux.


La chose avait pris une telle  ampleur que, jamais à cours de provoc', BrewDog ont commercialisé cet automne la Nanny State ("Etat-nounou", expression péjorative usuelle outre-Manche pour désigner les abus d'une administration paternaliste), une bière brune à 1,1% et... 225 unités internationales d'amertume
(aussi appelées IBU, soit des milligrammes de résine de houblon isomérisée par litre de bière: une lager blonde de masse tourne autour des 15 IBU. Mais dans le verre, tout ce houblon est apparemment plus aromatique que vraiment amer...)

Entretemps, la polémique autour de la Tokyo* avait aussi fait l'objet d'une plainte auprès du Portman Group, de la part d'Alcohol Focus Scotland et de "a member of the public". Plainte retenue pour violation du code de conduite de la branche. Les conséquences effectives sont difficiles à jauger, mais le Portman Group n'a pas les attributions pour prononcer une interdiction, et le résultat sera probablement de l'ordre de quelques difficultés supplémentaires de distribution pour BrewDog.

Et c'est là que BrewDog ont récemment craché le morceau : le "member of the public" était James Watt, un des deux fondateurs et patrons de la brasserie. Joli coup: on tire le tapis sous les pieds du gendarme...

L'idée était de discréditer le Portman Group en exposant son inutilité et sa tartufferie, et c'est probablement réussi. Faut pas être bien malin pour accepter une plainte provenant de la brasserie contre elle-même, ou - à supposer qu'elle l'ait été - pour accepter une plainte anonyme.. (Il semble que les règles de procédure du Portman Group prévoient que toute plainte doit être examinée, et c'est peut-être là le problème.)

Mais en même temps, que la brasserie admettre s'être livrée à une manipulation aussi énorme, destinée à employer le Portman Group comme caisse de résonance pour sa promotion commerciale, ça commence à être un peu plus douteux sur le plan déontologique, et surtout à mettre en doute sa crédibilité et sa bonne foi quand elle se présente en victime de l'acharnement des prohibitionnistes.
Le risque , aussi que les gens qui ont pris la parole pour défendre BrewDog dans leurs démêlées avec le Portman Group et consorts, se sentant manipulés, deviennent beaucoup plus circonspects à l'avenir et donc que la brasserie perde non seulement une caisse de résonnance importante sur le plan marketing, mais aussi le soutien d'une partie de ceux et celles qui l'ont défendue ces deux dernières années.

Pour ceux qui lisent l'anglais, le problème a été très bien posé par Pete Brown, suscitant un débat intéressant, incluant des réponses de James Watt...
Mais c'est absolument pas sûr que BrewDog se calment dans les prochains mois... à suivre !