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mardi 31 janvier 2012

L'Aveu.

Carlsberg Suisse, enfin, Feldschlösschen, viennent de laisser passer un aveu majeur, dont je me demande s'ils ont bien saisi la portée...

Dans un communiqué de presse de ce matin qui annonce une hausse de leurs prix de 4,4% en moyenne,  communiqué repris par une dépêche ATS... ah non, attendez, il se pourrait que ça soit l'inverse... le com' de presse dit "31.01.2012 09:00", et la dépêche "31. janvier 2012 - 08:09"...

Enfin, bref, dans ce communiqué de presse, les communicateurs de Feldschlösschen nous gratifient de la langue de bois habituelle, les machins ronflants d'usage :
"Feldschlösschen mise résolument sur le fait de produire ses bières en Suisse. A côté des marques nationales Feldschlösschen et Cardinal et des marques régionales Hürlimann, Valaisanne, Gurten et Warteck, les bières de marque Carlsberg et Tuborg destinées au marché suisse sont également produites en Suisse."
Mais là, ces grandes déclarations creuses d'attachement à la production en Suisse (qui sont peut-être sincères au niveau de Carlsberg Suisse, mais on a vu quelle importance le groupe Carlsberg accorde à la production en Suisse, avec la fermeture de Cardinal suite au transfert de la production des bières sans alcool chez Kronenbourg...) servent à justifier autre chose: 
"Feldschlösschen a significativement augmenté ses investissements dans le marché de la bière ces dernières années et poursuivra cette politique dans les prochaines années afin de renforcer ses propres bières de marque brassées en Suisse. La brasserie leader en Suisse entend ainsi réagir face à la part de marché croissante des bières importées en Suisse, dont l'augmentation a été significative au cours des dix dernières années."
Ahah... une augmentation des investissement dans les marques, c'est-à-dire le marketing, la publicité...
«En tant que leader sur le marché, il est de notre devoir de renforcer nos propres marques avec des promotions attractives soutenues par des activités publicitaires à grande échelle et en même-temps de poursuivre le développement du segment bière par des innovations»,
Ah, ok, c'est "le devoir" du leader du marché de claquer plein de pognon dans des campagnes massives de promotion, et de reporter le coût sur le consommateur ?

Oui, mais un devoir vis-à-vis de qui ?
Des consommateurs ? Oui oui, à d'autres...
De leurs employés ? Mouais, à la rigueur...
Non, clairement, ce devoir, c'est un devoir de rentabilité vis-à-vis des actionnaires, en fait du groupe Carlsberg. Dans un marché saturé, qui se stabilise au mieux ou baisse chaque année, la seule manière d'augmenter son chiffre d'affaires - donc de donner l'illusion qu'on est en croissance - est d'augmenter les prix.

Une augmentation qui est sans grand risque quand le marché est intégré verticalement par des contrats-brasseurs qui tiennent fermement la distribution, mais que généralement, les grosses brasseries justifient par des hausses des coûts des matières premières, les coûts des transports, ce genre de chose...(ah ben oui, ils le disent, mais en justification secondaire, et ils osent pas trop insister dessus, parce qu'ils ont déjà utilisé l'excuse dans un passé récent: "En outre, les coûts croissants du transport ne peuvent être compensés par la seule augmentation de l'efficience.")

Là, c'est une première, la hausse répercutés sur le consommateur est clairement annoncée comme causée par le besoin de gaver encore plus le consommateur de publicités sur tous supports et de promotions casse-pieds dans les supermarchés... Un cycle promotion-consommation-promotion... qui se perpétue de lui-même sans plus se préoccuper de la production. 

Bel aveu, noir sur blanc, de ce que nous sommes un certain nombre à avancer depuis un bout de temps: Feldschlösschen ne sont plus des brasseurs. Leur activité principale n'est plus la production de bière, mais bien la commercialisation de boissons.

Certes, le monstre brassicole nous parle de "poursuivre le développement du segment bière par des innovations", mais il faut bien comprendre ce qu'ils entendent par ce mot.
Cela fait bien quinze ans qu'il en est question, et le bilan de Feldschlösschen en termes d'"innovation" sur la même période est parlant: Cardinal Eve, ses multiples déclinaisons (Litchi, Grapefruit, Fruit de la Passion, plus quelques saisonnières comme Pêche, Raisin Blanc, etc.) et sa soeur jumelle Feldschlösschen Fresca (versions Yuzu-Lemon et Grapefruit-Cranberry)... Feldschlösschen Premium, Feldschlösschen Amber, Feldschlösschen Bügel, suivant toutes trois servilement les tendances lancées par d'autres brasseries sur le marché suisse alémanique... les versions à 2,4% de Cardinal et Feldschlösschen... mais aussi l'Urtrunk, qui n'existe plus en bouteille.

Sans oublier les nombreux flops, marques lancées à grand renfort de campagnes promotionnelles et retirées après quelques années, parfois quelques mois: Cardinal Best Lager (destinée à concurrencer Heineken, disait-on à l'époque de son lancement), Cardinal Millenium (mélange de bière et de vin mousseux au splendide bouquet de gruyère industriel), Cardinal Monsoon (aromatisée à la mangue y compris le côté poussièreux-renfermé), Feldschlösschen Castello Sélection Amber (qui devait inaugurer une série de bières destinées à la gastronomie inspirée des Semper Ardens de Carlsberg Danemark... les autres ne sont jamais sorties), Feldschlösschen Fraîche (passée tellement vite que je l'ai manquée...), Feldschlössen Gold (pauvre en hydrates de carbone, 8 Plato poussés à 4,3% d'alcool, remarquablement similaire au goût à une bière sans alcool, sauf qu'il y avait de l'alcool), Feldschlösschen Grand Cru (autre tentative en direction de la gastronomie, pas plus fructueuse que la Castello), Feldschlösschen Ice (destinée à concurrencer la Cardinal Draft), Feldschlösschen Quinto (fameuse "bière birchermüesli" aux 5 céréales), etc.

Donc "innovation" doit apparemment signifier, en langue de bois brassicole, quelque chose de l'ordre de "faire diversion en lançant régulièrement des trucs"...

Par contre, investir dans la fidélisation à long terme d'une clientèle en se concentrant sur le caractère et le goût des produits, sur des processus sans raccourcis, sans bricolages honteux, ne semble pas à l'ordre du jour...Ah oui, mais attendez, ça signifierait rendre le pouvoir aux brasseurs, vous n'y pensez pas sérieusement ?

Bref, est-ce que cette fois-ci, ça ne va pas un petit peu finir par se voir ?

Santé !

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lundi 11 janvier 2010

Pas une erreur Boréale...

Les Brasseurs du Nord, pionniers de la micro-brasserie québécoise plus connus par la marque de leurs bières, Boréale, ne sont pas exactement une petite micro-brasserie, avec 70'000 hectolitres écoulés par an... du coup ils ont les moyens de faire de la publicité à la télévision, et l'exercice est assez intéressant en termes d'axes de communications spécifiques aux micros-brasseries.

Prenez ces deux spots remontant à l'automne 2008...





Certes, on y dit du mal par la bande de Labatt et Molson, les deux gros brasseurs locaux, et ça ne va du coup probablement pas convaincre les buveux fidèles des deux monstres.

Mais à mon avis ce n'est pas le but.


L'approche est un pur contre-pied. Clairement, la brasserie cherche à se profiler en général, au-delà des buveurs de bière de base. On vise un public plus large, la marge de la population qui tente de consommer intelligemment, et qui ne marche plus dans les grosses ficelles de la pub télé de papa... et ceux-là ne sont pas forcément consommateurs réguliers de bière.

Bon, déjà, le décor: du presque rien parfaitement maîtrisé, pour ramener l'attention sur le produit et ce que la dame à dire. Message : pas besoin de faire diversion.


Ensuite, c'est une femme qui présente le produit. Oui, une femme. Un être humain de sexe féminin. Pas une blonde pneumatique muette, non, une personne qui a un truc a dire, sait ce qu'elle dit, et a le charisme nécessaire pour le faire passer. On s'adresse plus au néo-cortex du téléspectateur, qu'à son reptilien... en termes publicitaire, c'est assez gonflé.
Ce faisant, on met en avant un modèle féminin qui est parfaitement à l'aise à parler de bière. Boréale auraient eu pour objectif d'aller chercher les consommatrices aussi que ça m'étonnerait pas pantoute...

Ensuite, le message est centré sur le produit, pas son emballage, pas une quelconque esbroufe technique ni un design qui rupine vachement, pas les qualités supposées que le fait de se montrer avec cette bière à la main est supposé donner au consommateur ou à la consommatrice. On parle du contenu, de la substance, pas du paraître. Là, aussi, on cause au neo-cortex, au plaisir différé, pas au reptilien et à la satisfaction immédiate des désirs.
Au passage, on enfonce dans un des spots le clou sur le problème du goût de lumière. C'est fichu de rester dans les esprits et de profiter à terme à tout le secteur des microbrasseries québécoises.

Pour accrocher, pour susciter l'intérêt, on dit un peu de mal des deux gros et de leur marketing grotesque, sur un ton de douce ironie complice, rigolard sans être agressif. Bien calibré, là aussi.


Bref, à mon humble avis un bon exemple de la manière dont une brasserie régionale peut se positionner en termes d'image vis-à-vis du grand public. Probablement pas la seule manière de le faire, mais un bon cas d'école.

PS : la publicité pour la bière et le vin arrivera finalement sur les télévisions suisses le 1er avril 2010... mais je ne pense pas qu'on aura droit à quoi que ce soit d'aussi mordant pour autant... On parie ?

jeudi 19 novembre 2009

Jusqu'où aller trop loin...

Ces derniers jours, la blogosphère britannique bruisse d'une question : "BrewDog ont-ils fini par vraiment aller trop loin ?"

Il faut dire que leur dernière provoc' en date est particulièrement carabinée : la microbrasserie écossaise a annoncé que la plainte contre elle contre elle en août dernier auprès du Portman Group avait été déposée ...par eux-mêmes!


Mais il faut peut-être expliquer le contexte, parce que c'est une longue histoire...

BrewDog est une microbrasserie écossaise fondée fin 2006 à Fraserburgh, dans l'Aberdeenshire, près du coin nord-est de l'Ecosse. En fait de microbrasserie, c'est en fait déjà une assez grosse affaire avec une production annoncée de 120'000 bouteilles (de 33cl) par mois pour l'exportation, donc quelque chose de l'ordre de 4'800 hectolitres par an, auxquels il faut ajouter les bouteilles pour le Royaume-Uni et la petite quantité distribuée en fût.
Les deux fondateurs, James Watt et Martin Dickie on rapidement fait parler d'eux en se positionnant en rupture par rapport au marché britannique.

Rupture sur les styles de bières, en suivant franchement la voie tracée par les microbrasseries étasuniennes : des IPAs et Double IPAs à 6 ou 9% d'alcool, avec des houblonnages très massifs faisant appel aux variétés nord-américaines, des stouts à 9% vieillies en fûts de whisky d'Islay, IPA à 9% vieillie en fût à bord d'un chalutier...
Tout ce genre de choses dans l'air du temps des bières "extrêmes".
Et les produits sont bons, si l'on fait abstraction du petit arrière-goût métallique qu'on trouve parfois dans les bières plus légères de la gamme...

Rupture de par le format : là où les bières traditionnelles de fermentation hautes sont en général vendues en bouteilles de 500ml, les 330 ml étant réservées aux grande marques de lagers blondes de masse pour jeunes encravatés urbains, BrewDog ont depuis le début embouteillé en 330ml uniquement.
Et les étiquettes sont aussi en rupture, avec un graphisme contemporain assez minimaliste, mais identifiable immédiatement , là où le secteur joue pour l'essentiel sur la tradition.

Rupture enfin par le ton de leur communication. Qu'il s'agisse des étiquettes, des descriptions de leurs bières ou de leurs communiqués de presse, BrewDog sont les sales gamins autoproclamés du monde brassicole britannique. La provoc' est une seconde nature, ils en usent et en abusent.

L'étiquette de leur Punk IPA, par exemple, nous explique qu'on ferait mieux de reposer cette bouteille immédiatement, parce qu'on ne l'aimera de toute manière pas, qu'on n'est pas assez sophistiqués pour ça. Après avoir lu ça, personne ne va reposer la bouteille au linéaire, c'est clair. Et c'est d''ailleurs un pompage de la communication de Stone Brewing aux USA.

Très vite, cette agitation a attiré l'attention du Portman Group, le gendarme d'autorégulation de l'industrie britannique de l'alcool.
Le Portman Group est un gendarme critiqué pour sa tartufferie, tel le braconnier se proclamant garde-chasse. Tartufferie qu'il a démontré en cherchant noise à des microbrasseries en raison du nom de leurs bières, par exemple la Skullsplitter d'Orkney Brewery, sous prétexte d'incitation à la violence, et cela plus de 10 ans après sa mise sur le marché, alors que rien n'était fait pour freiner la promotion à un jeune public des alcopops produits par les principaux membres dudit gendarme de la gnôle...
Il faut cependant reconnaître que le Portman Group joue parfois aussi un rôle de défense contre l'hystérie anti-alcool des milieux de la "prévention", donc le politiquement correct confine trop souvent à la c*nnerie pure et simple.

On citera en particulier la plainte auprès du Portman Group déposée par Alcohol Concern - une instance financée par le gouvernement britannique - contre l'étiquette de la Dorothy Goodbody Wholesome Stout de la brasserie de Wye Valley, sous prétexte que ladite Dorothy, pin-up délicieusement rétro, ne porterait soi-disant pas de culotte (cf. à droite, cliquer pour agrandir et se dire que... oui, y'a des malades qui s'ignorent!). Cette plainte avait été rejetée, comme ne constituant pas une violation du code de conduite de la branche.

Enfin bref, le Portman Group ont aligné les procédures d'examen contre les étiquettes de BrewDog à fin 2008... dans le détail :

- la Punk IPA étant décrite comme "une bière agressive", le panel du Portman Group a considéré que le qualificatif risquait surtout de s'appliquer aux consommateurs de cette bière, donc incitation à la violence. (ben voyons, avec la dose de houblon bien sédatif qu'il y a dedans...)

- l'HopRocker était décrite de manière ironique comme un "aliment nourrissant" duquel "il y avait encore de la magie à extraire".  Ce qui a été interprété par le panel comme impliquant que la bière en question pouvait amélorer les capacités physiques et mentales.

- La RipTide, décrite comme une "stout tordue et sans merci", a aussi été jugée comme une incitation aux comportements antisociaux.

Ces trois-là ont été de fait rejetées après procédure.


Mais dans une autre procédure, la Speedball, bière rousse à 8% à la guarana a bel et bien été condamnée et BrewDog de fait contraints de la retirer, le terme désignant aussi un mélange d'héroïne et de cocaïne.

Quand en juin dernier, BrewDog ont mis sur le marché la Tokyo*, une version gonflée de leur stout impériale à 12% Tokyo et titrant 18,2% d'alcool, la montée aux barricades a été générale.
D'un côté, des organisation de "prévention" en particulier Alcohol Focus Scotland, dénonçant une incitation à l'abus d'alcool qui allait nécessairement faire des ravages parmi la jeunesse du pays et montrait une attitude irresponsable.

De l'autre nombre de journalistes brassicoles comme l'excellent Pete Brown relevant que la Tokyo* est une bière noire très épaisse, un liquide qu'il est exclu de boire de manière compulsive (en ayant eu une bouteille courtesy of The Legendary Melissa Cole, je confirme : très buvable pour une densité pareille de mon point de vue de dégustateur fait au feu, mais de nature à faire fuir le buveur de base vu son épaisseur et son intensité) était vendue dans une poignée de boutiques spécialisées, qu'elle coûtait £9.99 (dans les 18.- Frs.) la bouteille de 33 cl, ce qui la rendait invendable au buveur moyen.
Pete Brown a poussé le raisonnement plus avant, en dressant une liste d'exemples prouvant qu'il y avait, dans les supermarchés britanniques, bien d'autres manières de se procurer une plus grande quantité d'alcool pur par livre sterling (jusqu'à 7,5 fois plus !), qu'il s'agisse de bières, de vins ou de spiritueux.


La chose avait pris une telle  ampleur que, jamais à cours de provoc', BrewDog ont commercialisé cet automne la Nanny State ("Etat-nounou", expression péjorative usuelle outre-Manche pour désigner les abus d'une administration paternaliste), une bière brune à 1,1% et... 225 unités internationales d'amertume
(aussi appelées IBU, soit des milligrammes de résine de houblon isomérisée par litre de bière: une lager blonde de masse tourne autour des 15 IBU. Mais dans le verre, tout ce houblon est apparemment plus aromatique que vraiment amer...)

Entretemps, la polémique autour de la Tokyo* avait aussi fait l'objet d'une plainte auprès du Portman Group, de la part d'Alcohol Focus Scotland et de "a member of the public". Plainte retenue pour violation du code de conduite de la branche. Les conséquences effectives sont difficiles à jauger, mais le Portman Group n'a pas les attributions pour prononcer une interdiction, et le résultat sera probablement de l'ordre de quelques difficultés supplémentaires de distribution pour BrewDog.

Et c'est là que BrewDog ont récemment craché le morceau : le "member of the public" était James Watt, un des deux fondateurs et patrons de la brasserie. Joli coup: on tire le tapis sous les pieds du gendarme...

L'idée était de discréditer le Portman Group en exposant son inutilité et sa tartufferie, et c'est probablement réussi. Faut pas être bien malin pour accepter une plainte provenant de la brasserie contre elle-même, ou - à supposer qu'elle l'ait été - pour accepter une plainte anonyme.. (Il semble que les règles de procédure du Portman Group prévoient que toute plainte doit être examinée, et c'est peut-être là le problème.)

Mais en même temps, que la brasserie admettre s'être livrée à une manipulation aussi énorme, destinée à employer le Portman Group comme caisse de résonance pour sa promotion commerciale, ça commence à être un peu plus douteux sur le plan déontologique, et surtout à mettre en doute sa crédibilité et sa bonne foi quand elle se présente en victime de l'acharnement des prohibitionnistes.
Le risque , aussi que les gens qui ont pris la parole pour défendre BrewDog dans leurs démêlées avec le Portman Group et consorts, se sentant manipulés, deviennent beaucoup plus circonspects à l'avenir et donc que la brasserie perde non seulement une caisse de résonnance importante sur le plan marketing, mais aussi le soutien d'une partie de ceux et celles qui l'ont défendue ces deux dernières années.

Pour ceux qui lisent l'anglais, le problème a été très bien posé par Pete Brown, suscitant un débat intéressant, incluant des réponses de James Watt...
Mais c'est absolument pas sûr que BrewDog se calment dans les prochains mois... à suivre !

lundi 16 novembre 2009

Molson M, achetez-en, ou ça se vendra pas !

Un bel exemple de marketing ben niaiseux, avec un petit merci à la horde du babillard Biéropholie qui ont balancé le morceau l'autre jour.

Là, ça nous vient du Canada, et ça bat des records.


Molson lance la Molson M, "La première lager microgazéifiée (TM)".

Dans le genre pseudo-scientifique ronflant, on est presque au niveau de classiques comme les liposomes actifs et les enzymes gloutons...
Et on emballe tout ça dans une vidéo promotionnelle grotesque à souhait à base de gros plans de la bouteille passée au brumisateur et d'effets de mise au point à deux cennes.
Molson ont-ils donc tellement rien à en dire qu'ils en sont réduits aux effets de manches autour de la bouteille ?

Le fond de l'affaire semble être que cette bière a une effervescence très fine par rapport au standard de la lager blonde de masse, donc l'effervescence grossière ressemble plus à celle d'une limonade.


Y'a juste que Molson prennent leur monde pour des crétins, parce que ce n'est rien de nouveau, pour changer.
N'importe quel brasseur allemand pratiquant la Spundung, à savoir la prise de mousse par très légère surpression du gaz de fermentation à basse température obtient justement une effervescence très fine et régulière, peu agressive au palais... Pareil pour une prise de mousse bien maîtrisée dans un cask d'ale anglaise...
La différence étant probablement que ces bières-là sont livrées sans supplément avec un peu de goût.

Ah oui, mais le goût, c'est pas un truc dont les commerciaux de multinationales de la blonde de masse savent quoi faire. Et de se renseigner pour voir si des fois on serait pas en train de faire passer quelque chose de courant pour une chose unique, c'est trop de boulot. Faut s'intéresser à la nature du produit, pour commencer. C'est plus simple de nous montrer looooonguement la bouteille en gros plan, des fois que ça détourne suffisamment l'attention du bon peuple...

vendredi 30 octobre 2009

Cardinal avec ou sans ?

C'est fou ce qu'on trouve dans les recoins du Grand Cyberfoutoir Planétaire...

Il y a six semaines, je faisais allusion au fait que les bières sans alcool ne servaient manifestement à Carlsberg Suisse que dans une perspective de contournement de la loi en matière de publicité à la télévision, et je faisais allusion à l'affaire, il y a quelques années, du spot Cardinal quasi-identique pour la version sans (à la télé) et avec alcool (au cinéma).

Et là, on dit merci à IouTioube, moderne tonneau des Danaïdes :

version cinéma

version télévision

Edifiant, non ?

jeudi 24 septembre 2009

Publicité à la télévision, re-suite et fin ?

Selon une dépêche ATS toute fraîche, le Conseil des Etats s'est finalement rallié tacitement à la décision du Conseil National suite à la conférence de conciliation. Mais le vote a été serré, à 13 pour voix et 12 contre.

En l'Etat, la nouvelle loi sur la radio et la télévision va autoriser les chaines de télévision à diffuser en Suisse de la publicité pour le vin et la bière à moins qu'il n'y ait un référendum venant des milieux de la prévention.

Voilà qui va profiter aux grands pourvoyeurs internationaux de lager blonde formatée, et à eux seuls.
Vous n'avez pas encore jeté votre télévision aux orties ?

PS : Il semble que, par rapport à l'accord négocié avec l'UE, la Suisse ait la possibilité de ne pas autoriser la publicité pour les spiritueux, alcopops, ainsi que les publicités religieuse et politique, "pourvu qu'elle ne soit pas discriminatoire et dans l'intérêt public". On peut donc voir se profiler une application soumise à une marge d'interprétation, et par conséquent à des disputes se règlant devant les tribunaux pour établir une jurisprudence...
Verra-t-on pêle-mêle, la Sc*entologie, l'AS*N, S*agram, R*card et D*ageo faire la queue au Tribunal Fédéral pour tenter de convaincre qu'il est discriminatoire de les empêcher de faire de la publicité à la télévision ?

mercredi 23 septembre 2009

Publicité à la télévision, re-suite

La partie de ping-pong parlementaire autour de la loi sur la radio et la télévision, en particulier la clause sur la publicité pour la bière et le vin, se poursuit (pour les épisodes précédents, voir ici et ) : le Conseil national maintient sa majorité en faveur de l'option la plus libérale, contre l'avis du Conseil des Etats, et l'affaire va dont effectivement partir en Conférence de conciliation. La dépêche ATS à ce sujet, répercutée par exemple par 24 Heures, explique bien les enjeux et les ramifications de cette prise de décision : c'est pour continuer à profiter du programme européen MEDIA d'aide au cinéma que la Suisse a été forcée de mettre en branle cette révision de la loi, et prévoit d'ouvrir les vannes de la publicité politique, religieuse, pour les spiritueux, voire pour le vin et la bière, sur les écrans icitte.
Avec une gauche du parlement qui plaide pour une sortie de l'impasse par une interdiction totale - avec pour argument principal la prévention - m'est avis qu'on n'est pas sortis de l'auberge. Référendum ou pas ? On verra bien...

vendredi 18 septembre 2009

Publicité à la télévision, suite

Vite fait : le Conseil des états a apparemment maintenu hier son opposition à l'ouverture de la publicité pour le vin et la bière à la télévision (cf mon article de mercredi), donc la question va retourner au Conseil national, et s'il n'y a toujours pas d'accord là-dessus, ça passera en conférence de conciliation.
Donc ça va encore prendre du temps, sans oublier un éventuel référendum populaire contre la loi. Je vais garder un oeil sur la suite du processus...

mercredi 16 septembre 2009

Publicité à la télévision ?

Il est notoire que la loi suisse sur la radio et télévision, contrairement à la loi allemande, par exemple, n'autorise pas la publicité pour l'alcool et le tabac.
Enfin, les diffuseurs locaux en sont exemptés depuis deux ans, et les fenêtres publicitaires destinées à la Suisse diffusées par SAT1 ou M6 peuvent aussi en contenir, ces diffuseurs n'étant pas sis en Suisse.

Un des corollaires connus de cette situation est que les grandes brasseries produisent du coup des bières sans alcool portant la même marque que leur produits principaux, afin de pouvoir faire de la publicité à la télévision en entretenant la confusion. Depuis la reprise du groupe Feldschlösschen par Carlsberg, on a par exemple assisté à un réalignement des marques à cet usage, la Moussy devenant de la Cardinal Sans, et la Schlossgold devenant Feldschlösschen Alkoholfrei. Dans les deux cas sous un packaging proche de la bière alcoolisée correspondante. Dans le cas de Cardinal Sans, des spots publicitaires très semblables faisaient la promotion plus ou moins en même temps de la Cardinal Lager dans les cinémas, et de la Cardinal Sans à la télévision (plus de détails ici). De même, Feldschlösschen s'est fait taper sur les doigts à au moins deux reprises au cours des dix dernières années par l'autorité de surveillance en matière de radio et de télévision, pour cause de spots publicitaires montrant beaucoup le logo Feldschlösschen, et une toute petite mention "sans alcool" en passant, à la fin du spot. Bon, je cite le cas Carlsberg Suisse, sans que ça soit nécessairement mieux du côté de la concurrence...

Donc cette interdiction est largement contournée, même si ce contournement est relativement coûteux (les installations de distillation sous vide nécessaires à la désalcoolisation de la bière sont un exemple d'investissement lourd lié à la chose...) mais faut-il la faire sauter pour autant ?

Cela fait un bout de temps que la question, contenue dans la révision de la Loi fédérale sur la radio et la télévision, et en relation avec la directive MEDIA de l'UE qui autorise la publicité politique religieuse et pour les spiritueux et alcopops (!!) , mais pas pour la bière et le vin, fait la navette entre le Conseil national et la Conseil des Etats.
Une dépêche ATS annonce aujourd'hui que le Conseil national tient ferme à l'option d'une libéralisation allant plus loin que la directive MEDIA et incluant vin et bière.

Il faut juste se demander à qui profite le crime... sans agiter le spectre de la santé publique comme le font quelques prohibitionnistes de tous bords politiques, il faut bien voir que seuls des acteurs disposant d'un financement important ont objectivement les moyens de se payer de la publicité à la télévision... et que le passage de cette libéralisation, partielle ou totale promet un beau matraquage du citoyen-consommateur suisse à disposition qui serait prêt à aligner les billets pour se l'offrir.
Les risques sur le plan de la publicité politique et religieuse sont assez évidents et cauchemardesques - relisez 1984 d'Orwell si vous ne voyez pas à quoi ça mène !

Pour les boissons alcoolisées, la chose renforcera les marques internationales et nationales, leur force de frappe marketing devenant encore plus disproportionnée par rapport à leurs concurrents, aux brasseries locales et régionales, aux micro-brasseries, qui assurent une diversité de styles et une pluralité qui n'intéresse pas les grandes brasseries.

Donc outre les citoyennes et citoyens soucieux de ne pas se faire envahir de démagogie virant à la propagande haineuse ou de mensonges doucereux émanant de divers groupes religieux plus ou moins sectaires, les consommatrices et consommateurs de bière dotés d'un minimum de goût et de sens critique rejoindront les rangs des opposants à cette libéralisation publicitaire.

Quoique. On pourrait, par un bon matraquage publicitaire, dégoûter nombre de téléspectateurs et les amener à se débarrasser de leur poste pour rejoindre les rangs de la résistance téléphobe. On peut rêver, non ?