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vendredi 26 février 2010

La petite sirène de Copenhague a bien grandi...

.. même qu'elle boit des bières avec une copine !

Je viens de recevoir une image de l'affiche de l'Ølfestival København 2010, organisé par Danske Ølenthusiaster du 6 au 8 mai prochain à Copenhague...


Rien à dire, ça en jette ! (et tant pis pour Andersen...)



jeudi 5 novembre 2009

Un très agréable désastre...

Bon, serait temps que je relate un peu ma virée au Danemark d'il y a deux semaines...


Le but de l'expédition était de prêter main-forte aux confrères (zet -soeurs) de Danske Ølenthusiaster (DØE , la deuxième organisation de consommateurs de bière en Europe avec une dizaine de milliers de membres) au festival qu'ils organisaient pour la première fois à Esbjerg, sur la côte ouest du Jutland. Et c'était sur invitation expresse de Madame la présidente. J'avais certes objecté que je ne parlais pas la langue donc que je savais pas si je pourrais être utile dans ces conditions, et ça s'était soldé par un "t'en fais pas, on trouvera bien..."

Bon bon, si elle le dit...


C'est donc passablement amorti par une nuit de train (même en wagon-lit, ça reste une nuit de train...) que je suis arrivé le mercredi matin vers 9 heures au Musikhus, la halle de concert d'Esbjerg, pour retrouver Lars et Kaj-Erik (ça se prononce "Kâyék"), qui lançaient les travaux de mise en place des stands et du reste de l'infrastructure avant l'ouverture du jeudi en fin d'après-midi.

Une salle assez impressionnante, d'ailleurs, tant le foyer, très lumineux, que la salle, superbe exemple de salle de concert moderne polyvalente. Et c'est aussi assez remarquable qu'un tel endroit dédié à une culture "légitime", théâtre, opéra, musique classique, jazz, rock etc. puisse être ouvert à un festival brassicole. Preuve que la bière, sous une forme tout ce qu'il y a de plus civilisée, est parfaitement intégrée dans la culture danoise.

Danske Ølenthusiaster sont parfaitement rodés dans l'organisation de leurs festivals, nationaux ou locaux, avec une pratique qui pose un certain nombre de balises poussant à la modération.

- Choix du lieu à proximité des transports publics (gare), et autant que possible un bâtiment qui ait un certain cachet.


- Entrée payante, incluant un programme commenté très complet, un verre de dégustation gradué à 5 et 10 cl, et quelques jetons.

- Les jetons  (à 10 couronnes / 2 francs suisses pièce) donnent chacun droit à un échantillon de 10 cl, sauf exceptions clairement indiquées de 5 cl pour des bières plus rares ou coûteuses. Ces petits échantillons sont un signe clair qu'on est là pour déguster, pas se mettre sur le toit...


- Les stations de rinçage des verres, constituées de fontaines à eau de bureau et d'un estagnon équipé d'un  entonnoir, sont un système astucieux qui a l'avantage d'inciter par la bande les visiteurs à glisser un verre ou deux d'eau toutes les deux-trois bières.

- Les stands sont tenus par les brasseries elles-mêmes,  ou par des grossistes. Il y avait aussi à Esbjerg un stand tenu par un des cavistes en bières locaux et un. avec les bières de brasseurs qui n'avaient pu se déplacer, tenu par des bénévoles de DØE dûment briefés sur ce qu'ils vendaient (on n'est pas en France...). Cela assure que les bières soient servies par des gens qui les connaissent  bien, peuvent en parler et conseiller les visiteurs correctement.

- L'accent est mis sur les micro-brasseries, bien sûr, ou les indépendantes de plus grande taille comme Refsvindinge. Mais Carlsberg, par exemple, avaient aussi un stand, avec une bonne partie de leur gamme de bières spéciales, comme les Jacobsen et les Semper Ardens. Des bières spéciales d'un excellent niveau, qui laissent toujours rêveur quand on pense au caractère éminemment timoré des produits Carlsberg sous nos latitudes...

- Côtés bénévoles, chargés de l'infrastructure, organisation, vente des jetons, de la boutique etc. il y a un uniforme simple et pratique (gilet de sommelier rouge foncé brodé, du XS au 5XL) et la consommation d'alcool sous ledit uniforme est interdite (mais bon, il suffit de le ranger quelques minutes pour pouvoir déguster un échantillon avant de le remettre, quoiqu'à ce rythme ce soit très difficile de boire plus que de raison)

- Au passage, une moitié des bénévoles sont des femmes, y compris parmi les responsables de l'organisation du festival. Par ailleurs, un tiers des visiteurs des festivals organisés par DØE sont des femmes, et des femmes qui boivent des bières, tous les types de bières, sans qu'il y ait de stigmatisation, sans que cela défrise qui que ce soit et sans qu'il y ait quelques blaireaux pavés de bonnes intentions qui veuille absolument leur fourguer des liquides édulcolorés à bubulles.

- Des animations comme la légendaire préparation à l'azote liquide de sorbet à la bière par quelques étudiants en chimie volontaires permettent aussi de faire passer le message que la bière ce n'est pas qu'une question d'alcool, mais surtout une question de goût.


- L'accueil des groupes qui s'annoncent à l'avance est soigné, particulièrement s'il s'agit d'étrangers.
Avec mon anglais atrocement british, j'étais désigné volontaire d'office pour expliquer le fonctionnement du festival et les caractéristiques du paysage brassicole danois à un groupe de membres britanniques de la CAMRA, arrivés de Harwich par le ferry quotidien : 18 heures aller, 5 heures sur place, 18 heures retour... Heureusement, la compagnie de ferry sont arrangeants et tout ce petit monde, dans les deux sens, a été autorisé à embarquer avec ses fûts de bières choisies pour le voyage. Et c'était le "match retour", vu que ce sont les membres DØE d'Esbjerg qui ont inauguré le principe l'an dernier en allant au festival CAMRA de Harwich.  Ben ouais, quoi, c'est tout droit, par là, et on va pas laisser cette malheureuse Mer du Nord  se mettre en travers de notre chemin, tout de même...

Quelques heures plus tard, je rempilais avec un groupe de visiteurs portugais très sympathiques, ouverts, intéressés à goûter et comprendre des bières inédites voire, pour eux, étranges, et touchés qu'il y ait quelqu'un chargé de les accueillir et de les aider à appréhender cet environnement inconnu. Un grand moment de convivialité pan-européenne autour de quelques bières choisies... quand on vous dit que la bière rapproche les gens en toute simplicité !

Bref, tout ça est assez remarquablement pensé, calibré, les bénévoles savent ce qu'ils ont à faire et s'affairent dans un doux mélange d'efficacité, d'humour à froid et d'autodérision très nordique. Au final tout se passe dans une autodiscipline remarquable: pas besoin de pousser les gens dehors à la fermeture, par exemple.


Il n'empêche qu'au bout du compte, cette tentative d'implanter un festival à Esbjerg restera probablement sans suite, le nombre de visiteurs escompté n'ayant pas été atteint, et de loin.
Et ceci malgré une belle pénétration des médias locaux, presse, radio, télévision, et malgré une banderole Ølfestival à l'entrée parfaitement visible et lisible depuis le Torvet - la place centrale d'Esbjerg - à 300 mètres de là. Les membres locaux de DØE étaient - à juste titre - très déçus.


Alors quoi ?
Alors, mon interprétation, qui n'engage que moi, et je la partage, est que ce festival a probablement été victime de ce que j'appellerais le syndrôme de la petite ville: le genre d'endroit un peu décentré où pas mal de voix s'élèvent - sans forcément que ça soit particulièrement fondé - qu'il ne se passe jamais rien. Et quand quelque chose se passe, les indigènes ont beaucoup de peine à se dire qu'ils faudrait qu'ils sortent de leur immobilisme et se bougent un tout tout petit peu s'ils veulent que ça dure (ce qui me rappelle un peu l'ambiance d'une certaine ville suisse... celle à l'autre bout de l'autre lac...)

N'empêche que quand j'ai remercié tout le monde à la fin en leur disant que cela avait été a very enjoyable disaster ("un très agréable désastre") en leur compagnie, il y a eu un bel éclat de rire...
Pas du genre à se laisser abattre, ces descendants de Vikings... le prochain festival DØE , grand modèle, aura lieu à Copenhague, au TAP1, un des bâtiments de l'ancienne brasserie Carlsberg du 6 au 8 mai 2010.

lundi 19 octobre 2009

Mondial de Strasbourg, retour.


Le premier Mondial de Strasbourg a fermé ses portes hier dimanche sur un bilan mitigé, selon l'AFP reprise par Cyberpresse, avec 10'000 visiteurs au lieu des 15'000 à 20'000 attendus. Mais le salon sera reconduit en 2010, en tablant sur le bouche-à-oreille.

Par la grâce d'un aller-retour pas cher avec la carte TER de l'ami Pascal, j'y étais, à Strasbourg, ce samedi, à titre purement personnel, en touriste... ça me change.

Arrivés un petit peu après midi, le festival bruissait très doucement dans un relatif vide (cf photos), et en repartant un petit peu avant 19 heures, ce n'était toujours pas la grande foule, donc le nombre d'entrées annoncé par les organisateurs ne m'étonne pas outre mesure.


Ce qui était surtout frappant, c'est la relativement forte proportion d'amateurs plus ou moins chevronnés venus de plus ou moins loin en France et à l'étranger, y compris un perceptible contingent nord-américain, par rapport aux consommatrices et consommateurs locaux - dont la présence aussi massive que possible est nécessaire à tout festival brassicole pour équilibrer ses comptes, que ce soit à Londres, Copenhague ou Sint Niklaas.

Donc Gérârd-et-Frônck-qui-roulent-à-la-Kro ne sont apparemment  pas venus. J'évoquais dans mon billet précédent sur le Mondial les prix affichés comme un écueil possible - non qu'ils soient trop élevés, mais bien que le public local ne soit pas prêt à les accepter... - et on dirait bien que ça s'est confirmé.
C'est sage de la part des organisateurs de tabler sur le bouche-à-oreille, les deuxièmes et troisième édition étant déterminantes dans ces conditions-là. Gérârd-et-Frônck-qui-roulent-à-la-Kro, s'ils ont bloqué face au prix d'entrée, se laisseront peut-être convaincre la prochaine fois par leurs quelques potes qui s'y sont rendus cette année et y ont pris quelques salutaires claques qui ont élargi leurs horizons gustatifs...



Sur le plan d 'un impact durable sur la paysage brassicole français, il est surtout indéniable que ce Mondial aura amené à un public majoritairement français nombre de bières aux goûts tranchant sérieusement avec la dominante du "goût belge" et du sucré qui y a cours. Surtout côté houblonnage plus ou moins massif.
Là, c'est clairement le fait de la composante québécoise de l'organisation, qui fonctionne sur des bases plus ouvertes et avec des réseaux plus étendus que le petit landerneau brassicole français qui tourne un peu en circuit fermé sur une base francocentrique, profondément monolingue, peinant à vraiment comprendre des traditions différentes de la sienne.

Mais encore faudrait-il que les personnes vendant ces bières aient une vague compréhension de ce qu'elles vendaient. Il ne suffit pas de planter un bénévole, même bien disposé, à un stand avec une feuille de notes de dégustation - souvent en anglais - pour que cette personne sache miraculeusement ce qu'il y a à expliquer et comment conseiller le client par rapport à des bières suédoises, étasuniennes ou britanniques.


A ce niveau-là, la présence des brasseurs de quelques-unes des brasseries italiennes et québécoises présentes a fait la différence. Ce n'est pas un hasard s'il y avait presque toujours un attroupement devant les stands de Dieu du Ciel, de Baladin et de Birra del Borgo, le service et le conseil qui y étaient prodigués étant impeccables...

Au stand Baladin, un échantillon de X-Fumé servi par Maître Teo lui-même fut d'ailleurs un moment d'intense contemplation... Il s'agit d'une déclinaison de ses Xyauyù, bières plates et volontairement madérisées aux airs de vieux portos qui laissent toujours leur petit monde comme deux ronds de flan, à laquelle a été ajouté du lapsang souchong pour sa fumée qui développe un registre de charbon et de goudron frais. Ce fumé est parfaitement intégré dans la douceur et le fruité intenses de la bière de base. Une fois de plus, Teo Musso a fait la preuve de sa capacité à faire évoluer ses produits toujours plus avant en gardant des profils fondamentalement harmonieux. Respect !



Côté restauration, l'offre était bonne, variée et adaptée à un pareil évènement. Un peu chère, peut-être, et les espaces restaurant occupaient pas mal de place en restant passablement vides. Il serait peut-être préférable de n'avoir que des stands de nourriture à l'emporter et des espaces libres munis de tables et de chaises.

Par contre, pas de problème avec les caisses à coupons à l'intérieur, les stations de lavage des verres et la boutique, où les tarifs étaient étonnamment abordables... le lieu, relativement lumineux et pas trop agressif sur le plan acoustique est parfaitement approprié, bien relié au réseau de transport publics, donc la base en termes d'infrastructure est fondamentalement saine et permettra une évolution occupant plus d'espace.

L'un dans l'autre en gardant à l'esprit que c'est une première et qu'elle sert par nature au rodage de l'organisation, le bilan est globalement positif, et le potentiel de progression est réel et tout à fait concret...
Sans oublier l'occasion unique en termes de réseautage, de serrage de mains, de retrouvailles et de nouvelles connaissances.

Bref, l'évolution sera intéressante à observer l'an prochain.
Les dates sont déjà fixées : 22 au 24 octobre 2010, même lieu.

mercredi 14 octobre 2009

Mondial de la bière, Strasbourg


Dix ans après la dernière édition d'Eurobière, Strasbourg verra à partir de ce vendredi la première édition du Mondial de la Bière en Europe (l'original ayant lieu à Montréal), au Parc des Expositions de Wacken (comme Eurobière).

C'est clairement une bonne chose que ce genre de manifestation grand public existe à nouveau quelque part en France, ne serait-ce que pour élargir un petit peu les horizons des amateurs français...

Il y a eu quelques lamentations du côté des brasseurs alsaciens, si l'on en croit L'Alsace, qui n'ont pas pu mettre en place un stand commun, Heineken France et Carlsberg France (Kronenbourg) ayant décliné l'invitation.
Bon, euh, là, c'est pas pour dire, mais ça peut pas faire de mal à l'image de la bière alsacienne d'être représentée sans les deux gros de service, sans leur sirop de glucose, leur caramel colorant et leurs antioxydants (regardez un peu la composition sur une boîte de 1664, pour voir...), sans leurs bières aromatisées aux concepts douteux, et surtout sans leur force de frappe côté marketing.
Peut-être que du coup Gérârd et Frônck qui roulent uniquement à la Kro vont essayer autre chose. On peut rêver...

Mais Gérârd et Frônck risquent d'être déçus s'ils veulent se péter le groin : les dégustations ne font que 12,5 cl. Bon, le verre peut en contenir deux, soit 25 cl...
Là, on a un signe clair, un appel à une consommation modérée, repris de l'usage du Mondial à Montréal (dégustations de 4 onces), et c'est une très bonne chose !
Un appel à la modération qui vise aussi le porte-monnaie: 6 Euros pour l'entrée, puis 7 euros pour un carnet de dix coupons, les dégustations de 12,5 cl coûtant de deux à cinq coupons, soit, pour 25 cl, entre 2.80 et 7 Euros.
Pour un Suisse qui a connu les tarifs des bars norvégiens (de 17 à 21 francs suisses pour une bouteille de 500ml de bière de micros locale), pas de quoi sourciller, mais je crains que ça ne douche passablement les consommateurs français, et, plus encore, allemands, moins habitués à ce genre de niveau de prix...

La liste des produits et exposants (téléchargeable ici), avec 400 bières, et très honorable pour une première édition. La représentation solide des micros étasuniennes, québécoises, japonaises et italiennes, par exemple, au milieu des françaises, des allemandes et des belges, est une bonne surprise.

Par contre, il y a des lacunes ailleurs.
Par exemple côté scandinave, une région que l'on sait devenue très riche en bières de caractère au cours des 10 dernières années, il n'y a que trois micros suédoises présentes. Un bon début, sans plus.
Côté britannique, à part un stand avec all the usual suspects comme Youngs & Wells, Wychwood, Black Sheep ou Batemans, rien de tellement inédit sur le continent, et peu de bières qui fassent vraiment justice aux forces des brasseurs britanniques côté bières de caractère peu alcoolisées... si l'on excepte la XXXB de Batemans, aussi corpulente et complexe qu'ne ambrée belge à 7,5%, mais avec un misérable 4,8% d'alcool, et une amertume décente en plus !...

Ah, et y'a pas de brasserie ou micros suisses non plus...
J'ai eu quelques infos sur l'arrangement prévu d'un des brasseurs qui a été en contact avec eux, et on comprendra un peu mieux pourquoi. Les stands étant trop chers pour une micro seule, la plupart devraient passer leurs bières dans un bar général. Et là, l'arrangement est :
- soit la brasserie donne la bière, paie 100 euros de frais et les organisateurs prennent en charge transport et taxes douanières.
- soit la brasserie facture les bières, et paie 250 Euros de frais, plus le transport et les douanes.
L'un dans l'autre, les quantités concernées étant relativement faibles, l'investissement n'est pas rentable par rapport aux retombées qu'il y a à en attendre, du moins pour un brasseur en activité principale, qui tente d'en vivre.
Donc aux dernières nouvelles, pas de micro-brasseries suisses à Strasbourg. Et les raisons de l'absence des micros britanniques sont certainement semblables.